Rapport sur l’épidémie mondiale de SIDA 4ème rapport mondial - Résumé d’orientation
Dans tous les pays à faible comme à forte prévalence du VIH, le SIDA freine le développement et fait payer aux individus et aux familles un tribut exorbitant. Dans les pays les plus durement frappés, il efface des décennies de progrès social, économique et sanitaire, amputant l’espérance de vie de plusieurs années, aggravant la pauvreté et contribuant aux pénuries alimentaires ou les accentuant.
L’Afrique subsaharienne a la prévalence la plus élevée du monde et doit faire face à l'impact démographique le plus important. Dans les pays les plus atteints d’Afrique orientale et australe, si les niveaux actuels d'infection se maintiennent et des programmes de traitement à grande échelle ne sont pas mis en place, jusqu'à 60% des jeunes qui ont 15 ans aujourd'hui n’atteindront pas leur soixantième anniversaire.
Les différences flagrantes quant à l’accès aux traitements antirétroviraux se reflètent dans les taux de mortalité. Dans les pays à faible et moyen revenus, ce taux chez les 15-49 ans est aujourd’hui jusqu’à 20 fois plus élevé que le taux de mortalité des personnes vivant avec le VIH dans les pays industrialisés.
Dans sept pays africains où la prévalence de l'infection à VIH dépasse 20%, l'espérance de vie pour une personne née entre 1995 et 2000 n’est plus que de 49 ans, soit 13 ans de moins qu’en l’absence de SIDA. Au Swaziland, en Zambie et au Zimbabwe, on estime que l’espérance de vie moyenne tombera à moins de 35 ans en l’absence de traitements antirétroviraux.
L’impact de l’épidémie est particulièrement fort sur les femmes et les filles, car elles portent généralement la majeure partie du fardeau des soins. Les jeunes filles quittent l'école pour s'occuper des parents malades ou des jeunes frères et sœurs. Les femmes plus âgées assument souvent la prise en charge de leurs enfants adultes malades et, lorsqu'ils décèdent, elles remplaceront les parents des enfants orphelins. Elles doivent souvent aussi gagner un revenu ou produire les cultures vivrières de la famille. Les femmes plus âgées qui s'occupent d'orphelins ou d'enfants malades se trouvent parfois socialement isolées en raison des préjugés et de la discrimination liés au SIDA. La stigmatisation signifie aussi que le soutien familial ne va pas nécessairement de soi lorsque les femmes se révèlent séropositives ; elles sont souvent rejetées et peuvent voir leur propriété saisie à la mort de leur mari.
Dans certains des pays les plus affectés, avant même que l’impact de l’épidémie ne se fasse sentir, le niveau de vie de nombreux pauvres s’était déjà sérieusement dégradé. En général, les ménages frappés par le SIDA ont plus de risques de tomber dans la misère que les ménages qui ne sont pas affectés ; ceci est vrai dans les pays à faible comme à forte prévalence.
Le SIDA entraîne la perte de revenu et de production des membres de la famille qui sont malades, tout en créant des besoins de soins extraordinaires et en ajoutant aux dépenses du ménage les frais médicaux et autres – coûts des funérailles par exemple. Les dépenses liées au SIDA peuvent absorber en moyenne un tiers du revenu mensuel d'un ménage. Il arrive que les familles doivent utiliser toutes leurs économies, vendre des biens tels que des terres et du bétail, emprunter de l'argent ou demander l'aide de la famille élargie. Elles devront aussi réduire les dépenses consacrées au logement et à l'habillement.
Une étude en Afrique du Sud et en Zambie auprès de foyers atteints par le SIDA – pour la plupart déjà appauvris – a montré que la prise en charge des maladies liées au SIDA entraîne une chute du revenu mensuel de 66%- 80%.
Le SIDA intensifie les pénuries alimentaires chroniques dans de nombreux pays où un grand nombre de personnes sont déjà sous-alimentées. Le SIDA réduit considérablement la main d'œuvre agricole et le revenu des familles leur permettant d'acheter leur nourriture. Cette situation est particulièrement dangereuse pour les personnes vivant avec le VIH parce qu’elles ont besoin de plus de calories que les personnes non infectées.
Un secteur agricole sain est une priorité pour le bien-être et l’autosuffisance des pays à faible et moyen revenus. Ce secteur représente en Afrique 24% du produit intérieur brut, 40% des recettes en devises et 70% des emplois. Malheureusement, en particulier dans les pays les plus atteints, l’épidémie sape la base agricole ; on estime qu’en 2020 en Afrique australe, les pays auront perdu un cinquième au moins de leurs travailleurs agricoles à cause du SIDA.
A l'échelle mondiale, le SIDA constitue un obstacle important à la réalisation de l'accès universel des enfants à la scolarisation d'ici 2015 (objectif clé de l'Initiative 'Education pour tous' de l'UNESCO et des Objectifs de développement pour le Millénaire). On estime à un milliard de dollars par année le coût supplémentaire net susceptible de compenser les effets du SIDA – perte et absentéisme des enseignants et encouragements à la demande destinés à maintenir à l'école les orphelins et autres enfants vulnérables.
Dans de nombreux pays – par exemple au Kenya, en Ouganda, au Swaziland, en Zambie et au Zimbabwe – on craint que l’épidémie ne contribue à une nette raréfaction des enseignants du primaire. Sans planification à long terme, ces pays auront de grandes difficultés à atteindre leurs objectifs de scolarisation et un ratio élèves-enseignants acceptable. Bien des pays affectés n'ont pas les moyens de former d'autres enseignants.
Les enfants – et particulièrement les filles – des familles touchées par le SIDA sont souvent retirés de l'école, afin de compenser les pertes de revenus dues à la maladie des parents et aux dépenses connexes, de prendre soin des membres de la famille qui sont malades et de s'occuper du ménage. Ces familles retirent aussi parfois leurs enfants de l'école lorsqu'elles n'ont plus les moyens de payer les frais de scolarité.
L'épidémie devrait pouvoir s'appuyer sur des systèmes de santé solides et flexibles à un moment où les pays affectés réduisent leurs dépenses publiques pour rembourser leur dette et se conformer aux exigences des institutions internationales de financement. Ainsi, des systèmes déjà affaiblis sont contraints de faire face au fardeau supplémentaire de la maladie et à la perte d'effectifs essentiels due à la maladie et aux décès liés au SIDA. Dans les pays d’Afrique, des études indiquent que le SIDA a causé entre 19% et 53% de l’ensemble des décès survenus dans le personnel gouvernemental de la santé. L’épidémie anéantit rapidement la croissance des effectifs du secteur santé.
Dans les pays durement touchés, le SIDA réduira vraisemblablement le taux de croissance de la force de travail, car il frappe surtout la population en âge de travailler. L’Organisation internationale du Travail a fait des projections selon lesquelles dans 38 pays (tous, sauf quatre, situés en Afrique), la force de travail sera en 2020 de 5% à 35% inférieure à ce qu’elle aurait été sans le SIDA.
L'épidémie touche les entreprises de multiples autres manières, par exemple en augmentant les coûts dus à l'absentéisme, à la maladie, au recrutement, aux perturbations au sein de l'entreprise et à la perte des compétences, ainsi qu’en accroissant les dépenses consacrées à la santé et aux funérailles.