Rapport sur l’épidémie mondiale de SIDA 4ème rapport mondial - Résumé d’orientation



V. Traitement, prise en charge et soutien des personnes vivant
avec le VIH
L'accès aux traitements antirétroviraux et à la prise en charge des autres maladies liées au VIH demeure limité. L'Organisation mondiale de la Santé estime que neuf sur dix des personnes qui ont besoin d’urgence d’un traitement du VIH n'en bénéficient pas. Entre cinq et six millions de personnes mourront dans les pays en développement au cours des deux ans à venir si elles ne sont pas placées sous traitement antirétroviral.
En Afrique subsaharienne, on estime que 4,3 millions de personnes ont besoin de soins à domicile, mais que 12% seulement en bénéficient. En Asie du Sud, cette couverture tombe à 2%.
Pourtant le mouvement mondial en faveur de l'élargissement de l'accès aux traitements du VIH a fait des progrès importants ces dernières années. Jamais encore on a vu un tel niveau de ressources financières pour les traitements, la prise en charge et le soutien, ni une volonté politique aussi forte dans les pays pour délivrer ces services. Le prix d'un grand nombre de médicaments et produits diagnostiques a chuté de manière spectaculaire.
Améliorer l'accès
- La plupart des pays qui disposent de plans nationaux sur le SIDA y ont incorporé le traitement antirétroviral et se sont fixé des buts précis de couverture par les antirétroviraux. Certains ont alloué des fonds provenant de leurs budgets nationaux et de l'allégement de la dette pour soutenir les programmes de traitement.
- Plusieurs pays d'Amérique latine et des Caraïbes offrent maintenant une couverture universelle par les traitements antirétroviraux, à savoir l'Argentine, la Barbade, le Chili, le Costa Rica, Cuba, le Mexique et l'Uruguay. Le Gouvernement du Brésil estime que les traitements antirétroviraux lui ont permis d'économiser quelque 2,2 milliards de dollars en soins hospitaliers qu'il aurait autrement fallu dépenser pour les personnes vivant avec le VIH.
- Les donateurs privilégient de plus en plus le traitement et la prise en charge dans le cadre de leur engagement en faveur de l'élargissement de la riposte mondiale au VIH. Par exemple, le Programme plurinational de lutte contre le SIDA de la Banque mondiale, qui se monte à un milliard de dollars pour l'Afrique et à 155 millions de dollars pour les Caraïbes, permet aux gouvernements et aux autres bénéficiaires d'utiliser les fonds de la Banque mondiale de manière flexible pour le traitement du VIH. Les montants des subventions liées au VIH du Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme ont permis à 700 000 personnes d'accéder aux traitements antirétroviraux. Des donateurs bilatéraux tels que la France et les Etats-Unis ont lancé des fonds destinés à soutenir les programmes antirétroviraux.
- Les efforts du secteur privé vont grandissant. Un nombre croissant de compagnies mettent en place des programmes de traitement du VIH pour leurs employés, par exemple Anglo American, Eskom et Heineken.
- Les organisations non gouvernementales ont fait œuvre de pionniers en matière de traitement, à l'instar de Zanmi Lasante (Partenaires en Santé) en Haïti, et de Médecins Sans Frontières, démontrant ainsi que les traitements antirétroviraux peuvent être délivrés en toute sécurité et efficacité dans des situations où les ressources sont limitées.
- En septembre 2003, l'OMS et l'ONUSIDA ont lancé l'Initiative '3 millions d'ici 2005'. Son but – objectif intermédiaire seulement, élément d'un mouvement mondial destiné à mobiliser le soutien nécessaire pour parvenir à un accès universel – est de fournir des antirétroviraux à trois millions de personnes dans les pays en développement d'ici à 2005. A ce jour, 56 pays ont officiellement indiqué leur intérêt à participer à l'Initiative.
Baisse des prix
- Ces dernières années, le prix des antirétroviraux a chuté de manière spectaculaire. En 2000, le prix d'un traitement par une association d'antirétroviraux de première intention recommandée par l'OMS coûtait entre 10 000 et 12 000 dollars par patient et par année sur les marchés mondiaux. Aujourd'hui, le prix de certaines associations de génériques est tombé à 300 dollars par personne et par année. Le plaidoyer des personnes vivant avec le VIH et des leaders de la planète a contribué à faire baisser les prix. Néanmoins, le prix des antirétroviraux reste extrêmement élevé dans plusieurs pays à revenu intermédiaire, notamment la Russie, la Serbie et d'autres pays d'Europe centrale et orientale, dans lesquels l'épidémie est en rapide croissance.
- La coopération s'accroît encore entre les pays possédant une capacité de fabrication d’antirétroviraux – par exemple le Brésil, l'Inde et la Thaïlande – et les pays d'Afrique qui souhaitent mettre en place une production locale. Certains pays en développement coopèrent aussi avec des pays industrialisés d'Europe et d'Amérique du Nord pour promouvoir et entreprendre en commun le transfert des technologies de production d'antirétroviraux vers les pays en développement intéressés et capables de produire localement ces médicaments.
La nouvelle donne
- Renforcer les capacités humaines dans les pays pour lesquels la pénurie de personnels de santé est un obstacle au succès des programmes antirétroviraux. Dans certains pays, les effectifs de la santé devront tripler ou quadrupler pour parvenir à la couverture universelle des traitements antirétroviraux. Dans les pays les plus touchés par le SIDA, le nombre de postes vacants de médecins, personnels infirmiers et autres agents de santé est extrêmement élevé ; en 2001, par exemple, le Malawi n'avait rempli que la moitié de ses postes d'infirmier(ère)s dans le secteur public. Les incitations et les conditions de travail doivent être améliorées pour éviter l’émigration vers les pays à revenu plus élevé.
- Elargir les services de conseil et de test volontaires pour faire en sorte que chacun puisse connaître sa sérologie VIH, car cette connaissance ouvre la porte du traitement et de la prévention du VIH.
- Soutenir davantage le transfert et l’exportation des technologies – des pays possédant une capacité de fabrication à ceux qui en sont dépourvus. Tous les partenaires au sein de l’industrie pharmaceutique doivent faire partie de la riposte au SIDA pour assurer le succès de l’élargissement considérable de l’accès aux traitements, qui est désormais prévu.
- Faire en sorte que les pays puissent bénéficier de leurs droits à appliquer les dispositions des accords commerciaux permettant d’élargir l’accès aux médicaments et technologies liés au VIH. Il s’agit notamment de s’opposer aux dispositions plus strictes que nécessaires figurant dans les accords commerciaux régionaux qui sapent une bonne part de la flexibilité offerte aux pays en développement par les accords et déclarations commerciaux mondiaux.
- Réduire la stigmatisation liée au VIH afin que les traitements parviennent aux personnes qui en ont besoin.
- Mettre l’équité au premier rang des politiques et programmes afin d’assurer un accès juste aux traitements. Pour que l’accès devienne réellement universel, les obstacles aux traitements, qui se dressent devant les femmes, les enfants et d’autres groupes, tels que les professionnel(le)s du sexe, les consommateurs de drogues injectables et les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, doivent être éliminés.



