2004 Rapport sur l’épidémie mondiale de SIDA 4ème rapport mondial
| Elargir la prévention complète du VIH |
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La prévention est le fondement de la riposte au SIDA, mais elle est rarement mise en œuvre à une échelle susceptible d'inverser le cours de l'épidémie. Il existe des interventions efficaces, peu coûteuses et relativement simples de prévention du VIH, mais il est évident que la rapidité de progression de l'épidémie dépasse de loin les efforts déployés par la plupart des pays pour mettre en place des programmes efficaces de prévention. Dans le monde, moins d'un cinquième des personnes qui en ont besoin ont accès à des services de prévention (Policy Project, 2004).
Aujourd'hui, l'élargissement de l'accès à la thérapie antirétrovirale suscite l'espoir de millions de personnes vivant avec le VIH; il est essentiel que cette amélioration s'accompagne d'un élargissement des programmes de prévention. Une expansion massive des programmes de prévention aurait un profond impact sur les taux d'infection à VIH. Des programmes complets de prévention permettraient d'éviter 29 des 45 millions de nouvelles infections qui se produiront, selon les projections, au cours de cette décennie (Stöver et al., 2002) (voir Figure 17). En outre, si l'incidence du VIH n'est pas nettement réduite, l'accès élargi aux traitements ne pourra pas être maintenu. Les programmes de thérapie antirétrovirale seront submergés par la demande.
Par la Déclaration d'engagement des Nations Unies sur le VIH/SIDA 2001, les pays du monde entier se sont engagés à élargir massivement leurs programmes de prévention. Le but de la Déclaration est de réduire la prévalence du VIH parmi les jeunes (de 15 à 24 ans) de 25% et de réduire la proportion des nourrissons infectés par le VIH de 20%, d'ici à 2005 dans les pays les plus touchés.
Si la tendance actuelle se poursuit, de nombreux pays ne parviendront pas à atteindre ces objectifs. Dans les pays les plus touchés d'Afrique subsaharienne, bien peu de gens ont accès aux programmes de prévention malgré des taux d'infection extraordinairement élevés. Dans d'autres régions où l'épidémie est en hausse rapide, il reste des chances d'interrompre sa progression, mais cela seulement si les efforts de prévention sont accélérés.
Heureusement, plusieurs pays ont montré des résultats positifs en réduisant les taux d'infection à VIH. L'Ouganda, le Sénégal et la Thaïlande ont été les pionniers de ces premiers succès en matière de prévention du VIH. Ces dernières années, des avancées analogues ont été observées dans des pays aussi divers que le Brésil, le Cambodge et la République dominicaine. La communauté internationale pourrait prendre exemple sur ces succès de la prévention et les adapter. La leçon la plus importante à retenir est qu'une riposte efficace est ancrée dans trois stratégies interdépendantes (ONUSIDA, 2002) :
Mise au point: les progrès de la riposte mondiale à l'épidémie de SIDA, 2004Les programmes de prévention atteignent moins d'une personne sur cinq qui devraient en bénéficier
Source: Rapport d'activité sur la riposte mondiale à l'épidémie de VIH/SIDA, ONUSIDA, 2003; Coverage of selected services for HIV/AIDS prevention and care in low- and middle-income countries in 2003, Policy Project, 2004. |
Dans le même temps, la prévention du VIH doit évoluer et devenir plus innovatrice pour faire face à l'évolution de l'épidémie. Dans plusieurs pays industrialisés par exemple, les comportements à risque et les nouvelles infections sont à nouveau en hausse parmi des populations dans lesquelles la prévalence s'était stabilisée ou avait baissé– en particulier chez les jeunes hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes. Ce phénomène est lié aux promesses des thérapies antirétrovirales (Ostrow et al., 2002; Suarez et al., 2001), ainsi qu'à la lassitude qui entoure la prévention et au fait que de nombreux jeunes deviennent adultes aujourd'hui sans avoir connu les ravages de l'épidémie.
Des efforts inédits ou considérablement accrus sont nécessaires pour prévenir le VIH chez les femmes et les filles, car même les interventions les mieux conçues n'auront qu'un succès limité si elles ne sont pas soutenues par des actions durables visant à s'attaquer aux causes premières de leur vulnérabilité (voir encadré ci-dessus). De même, pour parvenir à faire de la prochaine génération une génération sans VIH, il faudra investir des ressources beaucoup plus importantes dans la prévention parmi les jeunes des deux sexes.
L'élargissement de l'accès aux thérapies antirétrovirales et aux autres traitements constitue une chance unique de renforcer les efforts de prévention, en encourageant un grand nombre de personnes à connaître leur sérologie VIH, ce qui devrait se produire à la fois parce que la promesse d'un traitement devrait encourager une utilisation accrue des services de conseil et de test volontaires, et parce que les agents de santé devraient progressivement offrir systématiquement un test diagnostique dans les établissements de soins. En association avec les succès évidents des traitements, ceci devrait encourager l'ouverture du dialogue sur le VIH. Les messages de soutien et de compassion des leaders politiques, religieux et communautaires contribueront aussi à réduire la stigmatisation à l'égard des personnes vivant avec le VIH.
Réduire la vulnérabilité parmi les mineursLa plupart des 300000 mineurs d'or et de platine d'Afrique du Sud travaillent loin leurs foyers et ne voient leur famille qu'une fois par an, un système qui a été mis en place par le colonialisme et s'est développé sous l'apartheid. Ce système est l'un des facteurs qui alimentent l'épidémie de VIH de ce pays, en exposant les mineurs à toute une série de situations de risque. Aujourd'hui, les choses changent pour de nombreux hommes, car les sociétés minières ont commencé à remplacer les foyers surpeuplés réservés aux hommes par des logements familiaux peu coûteux, avec souvent la collaboration des gouvernements locaux pour la construction de maisons et la conversion des anciens foyers. Lonmin Platinum notamment est à la pointe de ces efforts. Il s'agit du troisième plus grand producteur de métaux appartenant au groupe du platine dans le monde, qui emploie 16000 mineurs réguliers. Il a construit plus de 1000 logements à ce jour et a l'intention d'en construire encore 2000 très rapidement. La compagnie est allée encore plus loin. A l'occasion de la Journée mondiale SIDA 2003, elle a commencé à fournir à ses employés séropositifs un traitement antirétroviral et envisage la possibilité d'élargir ce programme aux familles. |
Une prévention efficace exige des politiques qui contribuent à réduire la vulnérabilité de grands nombres de personnes, c'est-à-dire qui instaurent un environnement social, juridique et économique dans lequel la prévention est possible. Une riposte efficace au SIDA avance main dans la main avec le développement socio-économique de base. Des études effectuées en Afrique subsaharienne indiquent que les hommes et les femmes qui vivent dans des régions où les indicateurs du développement sont plus élevés (p. ex. l'espérance de vie et le niveau d'instruction), auront une probabilité beaucoup plus grande d'utiliser des préservatifs (Ukwuani et al., 2003). Au Zimbabwe, les garçons qui poursuivent leur scolarité et dont les familles sont intactes ont plus de chances de pratiquer une sexualité à moindre risque (Betts et al., 2003). Des études en Afrique subsaharienne et aux Caraïbes indiquent que les femmes utilisent généralement moins les préservatifs que les hommes en raison de la dynamique de pouvoir sexospécifique qui fait qu'il leur est plus difficile d'exiger l'usage du préservatif (Norman, 2003).
Les initiatives qui améliorent le développement économique et social et donnent aux femmes et aux filles les moyens nécessaires contribuent également à l'efficacité des ripostes au SIDA. Ces actions sensibles aux besoins de la prévention peuvent prendre de nombreuses formes est sont souvent mises en œuvre à la fois par le secteur public et par le secteur privé. Par exemple, en Afrique du Sud, les compagnies minières construisent maintenant des logements familiaux pour les mineurs migrants, afin de remplacer les foyers surpeuplés pour hommes qui ont largement contribué à la transmission du VIH dans la région (voir encadré ci-dessus). Supprimer les frais de scolarité en Ouganda et au Kenya a contribué à enrôler de nouveaux élèves pauvres dans les écoles et à garder les jeunes, en particulier les filles, dans le milieu scolaire. La législation permettant de légaliser l'achat et la possession de matériel d'injection stérile permet de réduire la transmission du VIH parmi les consommateurs de drogues injectables sans contribuer à une augmentation de l'utilisation de drogues. De même, la coopération internationale dans le domaine de la prévention du trafic d'êtres humains réduit le nombre de jeunes exposés à un risque extrêmement élevé d'infection à VIH, à la violence et à d'autres violations de leurs droits.
Une prévention complète couvre tous les modes de transmission du VIH. Etant donné que les épidémies de VIH varient considérablement d'une région à une autre, à l'intérieur même des pays et dans le temps, les planificateurs des programmes doivent privilégier différents aspects des stratégies:
La vulnérabilité au VIH– l'impossibilité pour un individu ou une communauté de contrôler le risque d'infection– présente de multiples facettes, c'est pourquoi aucune intervention de prévention ne se suffira à elle-même. Les éléments essentiels de la prévention intégrée du VIH comprennent notamment:
Le terme de 'prévention associée' est utilisé pour signifier prévention complète. Cependant, il se réfère plus fréquemment à l'association des stratégies nécessaires pour prévenir la transmission sexuelle. La prévention associée comprend diverses stratégies que les individus peuvent appliquer à différents moments de leur vie pour réduire leur risque d'exposition sexuelle au virus.
L'ABC de la prévention associéeDe la même manière que les associations médicamenteuses attaquent le VIH à différentes phases de la réplication du virus, la prévention associée comprend diverses stratégies de comportement sexuel à moindre risque que les individus informés, qui sont en mesure de prendre des décisions, peuvent choisir à différents moments de leur vie pour réduire leur risque de s'exposer ou d'exposer les autres au VIH (Groupe de travail mondial sur la prévention du VIH, 2003). On parle souvent de ces stratégies comme de l'ABC de la prévention associée:
Des interventions dans ces trois domaines peuvent être adaptées et associées de manière équilibrée pour varier en fonction du contexte culturel, de la population cible et de la situation de l'épidémie. |
Les pays qui ont accompli des progrès durables contre la transmission du VIH ont appliqué toute une série d'approches complémentaires de la prévention, allant des trois options mentionnées ci-dessus pour prévenir la transmission sexuelle au niveau individuel (voir encadré ci-dessus) à l'intégration des activités de prévention et de prise en charge. Le Brésil, l'Ouganda et la Thaïlande sont autant d'exemples de ripostes très différentes mais efficaces, privilégiant une bonne association d'interventions adaptées aux facteurs de risque et aux vulnérabilités spécifiques caractérisant l'épidémie dans chacun des pays.
L'Ouganda constitue l'un des exemples les plus encourageants de riposte nationale efficace, lui qui est parvenu à réduire effectivement la prévalence globale du VIH depuis son maximum en 1992. Il l'a fait par le biais de toute une série d'approches de prévention comprenant la mobilisation communautaire, des projets innovateurs d'organisations non gouvernementales (ONG) et des campagnes d'éducation du public privilégiant le report de l'activité sexuelle, la réduction du nombre de partenaires et l'usage du préservatif. Un leadership politique déterminé, l'élimination de la stigmatisation et la franchise des communications ont été les aspects fondamentaux de l'action ougandaise contre le SIDA. Les changements de comportement du début des années 1990– notamment le report de l'activité sexuelle et la baisse du nombre des partenaires occasionnels– ont été essentiels pour réduire les nouvelles infections. A la suite de ces premiers changements, l'augmentation de l'usage du préservatif semble avoir joué un rôle important dans la stabilisation de l'épidémie, ce qui a préservé et même accéléré le rythme de la riposte au cours de la décennie écoulée (Singh et al., 2003; Shelton et al., 2004).
La Thaïlande a également utilisé plusieurs approches, accompagnées au début des années 1990 déjà d'un leadership crucial très influent. En plus de ses campagnes de masse dans les médias, la Thaïlande a été le pionnier d'une politique 'd'utilisation du préservatif à 100%' à l'intention des professionnel(le)s du sexe et de leurs clients. Cette politique a entraîné une augmentation de l'usage du préservatif, notamment dans le cadre du commerce du sexe ainsi qu'une baisse du nombre des partenaires sexuels (ONUSIDA, 2000).
Le Brésil a fait baisser les taux nationaux d'infection en investissant dans des campagnes de masse de sensibilisation au SIDA, dans des programmes de réduction des risques à l'intention des consommateurs de drogues injectables, dans des programmes de changement de comportements pour les professionnel(le)s du sexe et pour les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, et en encourageant le conseil et le test volontaires (Levi et Vitória, 2002). Le plaidoyer déterminé de la société civile a été un élément essentiel de ce succès, en particulier grâce aux organisations de personnes séropositives. Cet effort de plaidoyer a soutenu et renforcé les activités de prévention administrées par le gouvernement et encouragé l'intégration de la prise en charge et du traitement dans le Programme national de lutte contre le SIDA, y compris l'accès universel à la thérapie antirétrovirale.
Les ripostes de ces trois pays étaient fondées sur une évaluation de l'association unique des facteurs alimentant leurs épidémies respectives. Par exemple, l'accent mis en Thaïlande sur l'usage du préservatif dans le commerce du sexe aurait eu moins de succès en Ouganda étant donné que le commerce du sexe n'y était pas le principal facteur de propagation de l'épidémie.
Bien que l'épidémie soit maintenant entrée dans sa troisième décennie, l'éducation élémentaire au SIDA reste fondamentale à la riposte. En Inde, par exemple, des données d'une enquête comportementale ont montré que 30% des femmes n'avaient jamais entendu parler du VIH ou du SIDA (NACO, 2003). Les femmes des campagnes étaient les moins bien informées: moins de 25% des femmes des zones rurales dans les Etats du Bihâr (18,7%), du Gujarat (22,7%) et de l'Uttar Pradesh (24,3%) savaient que le VIH peut être transmis par la voie sexuelle. La Figure 19 montre la différence dans les connaissances relatives à la transmission du VIH entre hommes et femmes et entre habitants des zones urbaines et rurales.
La plupart des études portant sur les programmes de prévention des pays à faible et moyen revenus indiquent que les projets efficaces de changement du comportement contiennent des éléments d'éducation et de communication, s'appuyant sur toutes sortes de médias, allant du théâtre traditionnel et de la musique à la télévision mondiale et à des émissions radiophoniques (Merson et al., 2000). Les pays qui sont parvenus à abaisser de manière significative le niveau des nouvelles infections ont généralement largement investi dans des initiatives d'éducation et de sensibilisation au SIDA.
Les campagnes dans les médias ont progressivement participé plus activement dans la programmation relative au VIH et au SIDA. Des médias nationaux à l'instar de CCTV en Chine et de la South African Broadcasting Corporation ont fait de grands efforts tout comme des organisations mondiales de communication telles que la British Broadcasting Corporation, la chaîne française TV5 et le spécialiste international de la musique Music Television (voir Le Point : 'Le VIH et les jeunes').
La Chine poursuit ses activités de prévention dans la populationLe Chine compte 840000 personnes vivant avec le VIH, et plus de 50% des infections ont été contractées par du matériel d'injection de drogues contaminé. Plus récemment, on a relevé une importante augmentation du nombre de personnes infectées dans le cadre du commerce du sexe, notamment dans les zones côtières de l'est et du sud de la Chine et dans les grandes villes. Pour réagir à ce phénomène, les pouvoirs publics ont adopté une politique d'intervention comportementale énergique parmi les groupes les plus exposés au risque de VIH. Si certaines de ces mesures– qui comprennent la promotion du préservatif, l'échange des aiguilles et seringues et les thérapies de substitution par la méthadone– ont suscité la controverse dans certains départements du gouvernement et dans le public, la nouvelle politique soutient, en fait, des activités qui étaient déjà en cours dans plusieurs parties du pays. En 2000, par exemple, les villes de Wuhan, dans la province du Hubei et Jingjiang dans la province du Jiangsu ont lancé une étude pilote avec l'appui de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour encourager l'utilisation à 100% du préservatif dans les établissements de divertissement. En 2000, un projet pilote pour la commercialisation des seringues et des aiguilles a été organisé dans la Région autonome du Guangxi Zhuang et la province du Guangdong, avec l'appui du personnel des centres locaux de lutte contre la maladie (Ministère de la Santé/Groupe thématique des Nations Unies, 2003). |
Cependant, l'information à elle seule ne suffit pas à entraîner des changements durables du comportement. Une récente étude au Zimbabwe a montré que de nombreux jeunes qui avaient reçu une éducation sur le SIDA et les infections sexuellement transmissibles n'utilisaient toujours pas le préservatif durant les rapports sexuels (Betts et al., 2003). Il est certain que, en tant qu'outil de prévention, l'éducation au VIH prise isolément a ses limites. Néanmoins, l'information est cruciale pour aider les gens à acquérir une compréhension précise de la manière dont le VIH est transmis et dont il peut être évité, ce qui est un premier pas vers la réduction des risques.
Les conseils nationaux de la jeunesse, les réseaux de personnels de santé, les réseaux confessionnels et bien d'autres structures sont autant de voies de communication déjà établies pour transmettre des informations. En Chine, la province d'Anhui a adopté une approche de formation des formateurs pour diffuser des informations pertinentes au VIH aux agents de santé. Dans un premier temps, 55 personnes ont été formées dans diverses institutions de santé, et des ateliers de suivi ont été conduits dans les établissements locaux de soins de santé de la province. Dix-huit mois après la formation, des enquêtes ont montré que les connaissances de base liées au VIH étaient jusqu'à 100% supérieures dans les comtés où la formation avait été organisée, par rapport à ceux où le personnel n'avait reçu aucune formation (Wu et al., 2002).
Des dizaines d'études ont prouvé que diverses stratégies peuvent aider les individus à commencer à changer leur comportement et à adopter durablement des comportements sains pour réduire les risques. Des évaluations ont documenté les changements de comportement sexuel parmi des adolescents et des adultes, des hommes et des femmes, des habitants de pays à faible et moyen revenus et à revenu élevé, ainsi que parmi les groupes qui sont particulièrement vulnérables à l'infection (Groupe de travail mondial sur la prévention du VIH, 2003).
Les programmes de modification et de maintien des comportements apportent une information sanitaire, encouragent les individus à réduire leur risque et à améliorer leurs compétences en matière d'utilisation du préservatif et de négociation de rapports sexuels à moindre risque. Pour les enfants et les jeunes, les approches efficaces consistent à fournir une éducation fondée sur les compétences essentielles qui encouragent l'adoption de comportements sains. Il s'agit notamment de prendre mieux en mains leur propre vie, de faire des choix de vie sains, de s'armer pour résister aux pressions négatives et minimiser les comportements préjudiciables.
Les efforts de prévention uniques du NépalAu Népal, Population Services International a mis en œuvre une campagne de sensibilisation qui s'appuie sur la grande portée du service postal national. La campagne place un autocollant indiquant 'Protégez-vous et protégez les autres du VIH/SIDA' sur chaque lettre ou colis entrant dans le pays ou le quittant. Les autocollants sont munis du logo de la marque de préservatifs Number One que Population Services International distribue au Népal depuis 2003. D'autres efforts de promotion ont privilégié des lieux moins traditionnels susceptibles de servir les populations plus exposées au risque, par exemple les établissements de divertissement– divers types de restaurants et de salons de massage. Pendant la première année du projet, près de quatre millions de préservatifs ont ainsi été distribués, ce qui dépasse de loin la cible fixée pour la première année, à savoir un million. |
Les programmes efficaces de modification des comportements s'accompagnent généralement des autres éléments de la prévention complète mentionnés plus haut. Ils s'appuient en outre sur la collecte d'informations confirmées sur les comportements, les attitudes et les réseaux sociaux de la population cible. Diverses techniques peuvent être appliquées, qui vont des enquêtes aux systèmes perfectionnés d'information géographique. Par exemple, une récente étude sud-africaine dans trois townships et un quartier d'affaires a montré le rôle précieux que pourrait jouer la recherche formative dans l'élaboration des stratégies de prévention. Les chercheurs ont observé que les réseaux sociaux dans ces régions étaient relativement fragmentés, mais que les répondants étaient généralement en mesure d'identifier les lieux publics où les gens rencontrent de nouveaux partenaires sexuels. L'enquête a montré que la plupart de ces lieux ne disposaient pas de préservatifs et a identifié des sites d'intervention potentiellement importants (Weir et al., 2003).
Depuis longtemps, les efforts de prévention du VIH ont porté sur la promotion d'un usage systématique et correct du préservatif dans le cadre d'une stratégie de prévention associée. Les données scientifiques confirment largement que les préservatifs masculins en latex sont extrêmement efficaces pour prévenir la transmission sexuelle du VIH (CDC, 2002). Tout indique que le préservatif féminin en polyuréthane est tout aussi efficace pour protéger de la transmission sexuelle (OMS/ONUSIDA, 1997). En outre, les préservatifs protègent des autres infections sexuellement transmissibles associées à un risque accru de contracter et de transmettre le VIH.
Les préservatifs ont toujours joué un rôle essentiel dans les programmes nationaux de prévention qui ont réussi. Pourtant malgré des avantages évidents pour la santé publique, l'utilisation du préservatif reste faible dans de nombreux pays. Des études portant sur près de 4300 adultes au Kenya, en Tanzanie et à la Trinité ont montré que 19% seulement d'entre eux avaient utilisé un préservatif avec leur partenaire sexuel le plus récent (Norman, 2003). Le Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) a identifié plus de 200 mythes, idées fausses et craintes qui entravent l'accès aux préservatifs ainsi que leur emploi (UNFPA/ONUSIDA, 2004).
Une promotion efficace de l'usage du préservatif exige des messages clairs susceptibles de dissiper les mythes et les idées fausses, par exemple la notion selon laquelle seules les personnes de mœurs dissolues les utilisent ou l'idée fallacieuse que le VIH est suffisamment petit pour passer à travers le latex. Cependant l'éducation ne suffit pas. Les individus– notamment les femmes et les filles– qui souhaitent utiliser les préservatifs ont souvent de la peine à négocier leur emploi avec leurs partenaires sexuels (Norman, 2003). Il est donc essentiel de résoudre les problèmes sexospécifiques dans le cadre des activités de promotion du préservatif (voir Figure 20).
Globalement, la distribution des préservatifs s'est considérablement améliorée ces dernières années, mais il reste un important déficit d'approvisionnement. En Afrique du Sud, entre 2000 et 2002, la distribution de préservatifs a augmenté de près de 70%. Au Brésil, entre 1996 et 2000, le total des ventes de préservatifs a augmenté d'environ 62% (Levi et Vitória, 2002). En Inde, les ventes de préservatifs ont augmenté de 13% en 2003-2004. Par ailleurs, le gouvernement chinois achète actuellement 1,2 milliard de préservatifs par année auprès de sources intérieures, principalement pour des distributions gratuite à des fins de contraception.
Malgré des besoins évidents, on ne trouve toujours pas assez de préservatifs dans de nombreuses régions où le VIH est très répandu. L'UNFPA estime que l'approvisionnement actuel en préservatifs dans les pays à faible et moyen revenus est inférieur de 40% aux quantités nécessaires. Malheureusement, le financement international pour l'achat de préservatifs a baissé ces dernières années. Le Programme plurinational de lutte contre le SIDA de la Banque mondiale et le Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme constituent d'importantes nouvelles voies d'acheminement de l'aide financière pour la promotion du préservatif. Malgré cela, il reste un manque important de préservatifs qui pourrait s'aggraver considérablement dans les années à venir, à moins que toutes les parties intéressées n'agissent pour améliorer l'approvisionnement en préservatifs.
Le préservatif féminin a été lancé au début des années 1990. Depuis 1997, plus de 90 pays l'ont introduit. Les efforts de promotion ont parfois rencontré des réticences au niveau local pour plusieurs raisons liées à la fois aux distributeurs et aux utilisatrices. Mais les Ministères de la Santé d'Afrique du Sud, du Brésil, du Ghana et du Zimbabwe sont parvenus à augmenter réellement le nombre de femmes utilisant le préservatif féminin. Les éléments essentiels d'un programme efficace d'introduction du préservatif féminin comportent la formation des fournisseurs et des pairs-éducateurs, la communication individuelle avec les utilisatrices potentielles, un approvisionnement suivi et une distribution partagée entre les secteurs privé et public. Il y a d'autres facteurs importants pour l'expansion de l'usage du préservatif féminin, à savoir la participation de tout un éventail de décideurs et de personnes d'influence (directeurs de programme, prestataires de services, leaders communautaires et membres d'associations féminines), ainsi que le leadership politique et le financement des gouvernements et des donateurs.
Des facteurs de marché entravent souvent la promotion efficace du préservatif féminin. Par exemple, il coûte davantage que le préservatif masculin ce qui le rend inaccessible dans de nombreux pays aux ressources limitées. Pour résoudre ces problèmes, les pays donateurs s'efforcent d'obtenir des prix préférentiels et d'accroître l'aide financière destinée à la promotion du préservatif féminin. Un préservatif féminin de deuxième génération, qui coûtera un tiers de moins que la version actuelle, est testé dans des essais de Phases II et III en Afrique du Sud.
Les jeunes sont une cible importante des programmes de changement des comportements, étant donné que les personnes âgées de 15 à 24 ans représentent environ la moitié de toutes les nouvelles infections. Néanmoins, les jeunes de diverses parties du monde sont confrontés à des types de risque différents et les programmes de prévention doivent être conçus en conséquence. Par exemple, les interventions destinées aux enfants non scolarisés sont très différentes de celles qui ont lieu dans le cadre scolaire. Dans les pays où la consommation de drogues injectables présente un risque plus élevé d'infection à VIH que la transmission sexuelle, les programmes d'enseignement des compétences essentielles doivent être adaptés en conséquence. Heureusement, une somme d'expérience concernant la prévention parmi les jeunes a été recueillie au cours des deux dernières décennies et elle est appliquée dans diverses parties du monde (voir Le Point : 'Le VIH et les jeunes').
La vulnérabilité particulière des femmes et des filles est bien documentée. En Afrique subsaharienne, les femmes ont dans l'ensemble un risque supérieur de 30% à celui des hommes d'être infectées par le VIH (voir Chapitre 'Un aperçu mondial de l'épidémie de SIDA'). La disparité sexospécifique en matière de taux d'infection est particulièrement prononcée parmi les jeunes. Des enquêtes réalisées dans des ménages de sept pays d'Afrique subsaharienne ont révélé que les femmes de 15 à 24 ans avaient une probabilité 2,7 fois plus élevée d'être infectées par le VIH que les hommes des mêmes groupes (OMS, 2002a), même si elles étaient moins nombreuses à indiquer avoir eu des partenaires extraconjugaux, non cohabitants au cours des 12 mois précédant l'enquête (voir Figure 21).
Commencer avec les plus jeunes est au cœur de la plupart des stratégies de prévention, et l'un des meilleurs moyens de protéger les filles d'une exposition au VIH est de les garder à l'école (voir Chapitre 'Impact'). Conformément à l'initiative internationale 'Education pour Tous', trois lignes d'action essentielles ont été identifiées comme étant cruciales pour la riposte du secteur de l'éducation au VIH chez les filles:
Lorsque les fillettes grandissent, d'autres activités de prévention deviennent progressivement plus importantes. Pour réduire la vulnérabilité des femmes au VIH, il faut supprimer un certain nombre de désavantages juridiques, sociaux et économiques liés au sexe.
Les couples mariés et cohabitants ont des rapports sexuels plus fréquents que les personnes qui ne vivent pas ensemble, mais ils utilisent moins souvent des préservatifs (Population Report, 1999). Ce faible usage du préservatif est certainement partiellement dû à la confiance, mais il reflète également le manque de pouvoir des femmes à négocier des rapports sexuels à moindre risque, même lorsqu'une femme soupçonne son mari d'avoir eu des rapports sexuels à haut risque avant ou au cours du mariage.
Inde: Utilisation du préservatif parmi les hommes ayant des rapports sexuels entre euxLe Humsafar Trust à Mumbai, qui collabore avec l'hôpital municipal de Lokmanya Tilak, est l'un des deux sites de surveillance du VIH en Inde pour les hommes ayant des rapports sexuels entre eux. Une enquête conduite parmi les clients du Trust a révélé que 82% des hommes et 75% des personnes transsexuelles affirment que leurs partenaires sexuels se fâcheraient s'ils insistaient pour utiliser des préservatifs. La moitié environ de chaque groupe indiquent que les préservatifs coûtent cher, qu'ils sont difficiles à trouver et embarrassants à acheter, et se plaignent de harcèlement policier s'ils en possèdent. Tout aussi alarmant, 85% des deux groupes croyaient qu'il est inutile de porter des préservatifs avec une personne qui semble en bonne santé (Mathur et al., 2002). |
Etre plus en sécurité en étant fidèle à son partenaire fait partie intégrante de l'ABC de la prévention, mais il peut être dangereux de penser qu'il n'est jamais nécessaire de se protéger avec des partenaires réguliers. La fidélité ne protège que lorsqu'aucun des partenaires n'est infecté par le VIH et qu'ils sont tous deux systématiquement fidèles. Par exemple, une étude faite en 1999 en Thaïlande a révélé que, même si les trois quarts des femmes infectées par le VIH avaient probablement été infectées par leur mari, près de la moitié d'entre elles estimaient qu'elles étaient peu ou pas exposées au risque d'infection à VIH. Les rapports sexuels avec leur mari étaient le seul facteur de risque de transmission du VIH rapporté par ces femmes (Xu et al., 2000).
Ces résultats soulignent la valeur des services de conseil et de test volontaires à l'intention des couples, qui contribuent à augmenter la connaissance du statut sérologique et aident les partenaires à parler de sexualité et à se préparer à réduire leurs risques. Les études ont montré qu'à la suite du conseil et du test volontaires, les couples sérodifférents (couples dans lesquels un seul des partenaires est infecté) et les participants séropositifs réduisaient leurs rapports sexuels sans protection et augmentaient l'utilisation du préservatif plus rapidement que les participants séronégatifs et non testés (Weinhardt et al., 1999).
Cette population représente 5% à 10% de tous les cas de VIH dans le monde, et la plus grande proportion des infections dans la plupart des pays industrialisés et en Amérique latine. En Europe centrale et orientale, la prévalence du VIH parmi les hommes ayant des rapports sexuels entre eux est beaucoup plus élevée que celle de la population générale (Hamers et Downs, 2003). En Indonésie, les hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes représentent 15% des cas notifiés de SIDA; 29% à Singapour; 32% à Hong Kong (RAS de Chine); et 33% aux Philippines (Colby, 2003). On en sait moins sur la prévalence du VIH dans cette population en Afrique subsaharienne.
Dans de nombreuses parties du monde, les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes ne s'identifient généralement pas comme gays, homosexuels ou bisexuels. Une incarcération ou le service militaire créent des contextes qui voient parfois apparaître l'expression sexuelle parmi des hommes qui ne s'identifient pas comme gays. Les hommes qui ont des rapports sexuels non protégés avec des hommes ont parfois aussi des rapports sexuels non protégés avec des femmes et ils constituent ainsi un pont épidémiologique vers la population générale. En Chine, une enquête portant sur plus de 800 hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes a montré que 59% indiquaient avoir eu des rapports sexuels sans protection avec des femmes au cours de l'année écoulée (Ministère de la Santé/Groupe thématique des Nations Unies, 2003).
Les programmes de prévention doivent tenir compte du fait que ce groupe connaît une importante stigmatisation presque partout dans le monde. En 2002, 84 pays étaient dotés de lois interdisant les rapports sexuels entre hommes (Enquête juridique mondiale de l'Association internationale des Gays et Lesbiennes, 2002). Dans 13 pays d'Amérique latine, ces groupes reçoivent des fonds bien moins importants de la part des programmes nationaux de prévention que ne le mériterait leur représentation dans le total des infections (voir Chapitre 'Ripostes nationales').
Dans les années 1980, les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes en Amérique du Nord, Europe occidentale et Australie ont figuré parmi les pionniers de la prévention du VIH. Ils ont mis au point des programmes communautaires qui ont fixé les normes d'une sexualité à moindre risque et largement contribué à réduire les nouvelles infections à VIH. Ce leadership se manifeste également dans les pays à faible et moyen revenus, grâce à des groupes tels que Pink Triangle en Malaisie, les Gays et Lesbiennes du Zimbabwe et l'association Amigos Siempre Amigos ('Amis, toujours') en République dominicaine, pour n'en citer que quelques-uns.
Dans de nombreux pays, les ONG jouent un rôle crucial dans la prestation des services de prévention du VIH à l'intention des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes. Par exemple, les pouvoirs publics d'Indonésie et Family Health International ont mis en œuvre un programme d'éducation par les pairs spécialement conçu à l'intention des waria (professionnels du sexe travestis) ; dans ce groupe, plus d'un individu sur cinq était séropositif au VIH en 2002 à Djakarta (Ministère de la Santé, 2003).
Les interventions s'appuyant sur les pairs pour cibler les réseaux sociaux des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes peuvent être extrêmement efficaces pour encourager la réduction des risques. Des agents de prévention ont récemment recruté et formé de jeunes hommes à Saint-Pétersbourg, Fédération de Russie et Sofia, Bulgarie, pour effectuer des interventions de prévention du VIH dans 14 réseaux sociaux d'hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes dans ces villes. Une évaluation a révélé que le programme avait encouragé les discussions concernant le VIH et le SIDA au sein des réseaux et amélioré à la fois le niveau des connaissances et l'usage du préservatif (Amirkhanian et al. 2003).
La traite des femmes et des fillesLe trafic dans le commerce du sexe constitue une menace croissante pour les femmes et les filles. Un rapport de l'Organisation internationale du Travail publié en 2002, Le mal insupportable au cœur des hommes: le trafic des enfants et les mesures d'éradication, affirme que 28000 à 30000 enfants environ sont livrés à la prostitution en Afrique du Sud, dont la moitié ont entre 10 et 14 ans. En Europe, l'Organisation internationale pour les Migrations estime qu'entre 2000 et 6000 femmes et filles sont chaque année l'objet d'un trafic vers l'Italie, mais que la France, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et la Suisse sont également des pays de destination de cette traite. Le Viet Nam est confronté à une traite importante des enfants des zones rurales, livrés à la prostitution dans les grandes villes. Dans les Amériques, le Mexique connaît un important trafic de filles à l'intérieur du pays, pour le commerce du sexe dans les lieux touristiques mexicains (OIT/IPEC, 2002). |
La prévalence du VIH est généralement plus élevée parmi les professionnel(le)s du sexe que dans la population générale. Des enquêtes effectuées parmi les professionnel(le)s du sexe de plusieurs zones urbaines entre 1998 et 2002 ont relevé des taux extraordinairement élevés d'infection: 74% en Ethiopie, 50% en Afrique du Sud, 45% au Guyana et 36% au Népal (ONUSIDA, 2002). Une augmentation des taux de VIH parmi les professionnel(le)s du sexe peut constituer un avertissement précoce de la probabilité grandissante d'une expansion de l'épidémie à la population générale.
Dans le même temps, il y a tout lieu de penser que les programmes de prévention à l'intention des professionnel(le)s du sexe présentent un rapport coût-efficacité particulièrement bon et que les professionnel(le)s du sexe peuvent être des partenaires à toute épreuve de la prévention, si les programmes sont fondés sur la reconnaissance de leurs droits humains. Il est important de reconnaître la grande diversité des professionnel(le)s du sexe lorsqu'on élabore des programmes de prévention. Les professionnel(le)s du sexe peuvent non seulement être des femmes, mais aussi des hommes ou des personnes transsexuelles, jeunes ou moins jeunes et travailler dans des lieux allant de maisons de passe organisées à des bars, au bord des routes et à la rue.
Les programmes de prévention les plus efficaces à l'intention des professionnel(le)s du sexe comprennent la distribution de préservatifs, l'accès au diagnostic et au traitement des infections sexuellement transmissibles et du VIH, au conseil et à d'autres services. Plusieurs projets de ce type sont parvenus à accroître les pratiques sexuelles à moindre risque et à réduire les nouvelles infections, notamment au Bénin et en Côte d'Ivoire (Alary et al., 2002; Ghys et al., 2003). A titre d'exemple, la Clinique de Confiance à Abidjan a observé une baisse marquée de la prévalence du VIH et des autres maladies sexuellement transmissibles parmi ses clients depuis 1992 (voir Figure 22), due dans une large mesure aux programmes de prévention.
Le programme 'd'utilisation à 100% du préservatif', d'abord introduit par la Thaïlande, est l'une des meilleures interventions connues dans le domaine du commerce du sexe et il a été reproduit dans d'autres pays, dont la République dominicaine et le Cambodge. Après l'introduction du programme au Cambodge, la prévalence chez l'adulte, qui avait atteint 3% en 1997, était toujours stable à la fin de 2002, alors que la prévalence du VIH parmi les professionnel(le)s du sexe travaillant dans les maisons de passe baissait de 43% en 1997 à 29% en 2002 (Cohen, 2003).
Récemment, plusieurs organisations de professionnel(le)s du sexe ont critiqué la manière dont ce programme a été appliqué dans certains pays (Wolffers et van Beelen, 2003). Une étude a découvert que certaines caractéristiques du programme cambodgien, notamment le manque de consultation avec les professionnel(le)s du sexe, en avaient limité l'efficacité, alors que les clauses relatives au dépistage obligatoire soulevaient d'importantes préoccupations pour le respect des droits humains (Lowe, 2002). Une évaluation ultérieure (en 2003) a conduit le programme à résoudre certains de ces problèmes. Par contraste, l'approche de volontariat adoptée en République dominicaine encourage l'usage du préservatif en mobilisant et formant les professionnel(le)s du sexe, les responsables et autres personnels des établissements (Kerrigan et al., 2003).
Dans de nombreux pays, un pourcentage élevé des professionnel(le)s du sexe appartiennent à une autre nation. On estime que 30% à 40% des professionnel(le)s du sexe des pays de l'Union européenne proviennent d'Europe orientale (Brussa, 2002). A Abidjan, Côte d'Ivoire, la plupart des professionnel(le)s du sexe viennent des pays voisins – Ghana, Libéria et Nigéria (Ghys et al., 2002). Dans ces circonstances, les programmes de prévention doivent être soigneusement adaptés afin de tenir compte de la vulnérabilité accrue des travailleur(se)s étranger(ère)s, notamment des personnes qui ont fait l'objet d'un trafic contre leur gré (voir encadré en page 80). On peut citer en exemple le Réseau européen pour la prévention VIH/MST dans la prostitution qui travaille dans 24 pays européens, dont neuf pays d'Europe centrale et orientale. Ses 'médiateurs culturels' s'efforcent de rencontrer les professionnel(le)s du sexe venu(e)s des pays à faible et moyen revenus et de les mettre en contact avec les dispensateurs de soins de santé et d'autres services (Brussa, 2002).
Les violations des droits humains des profes-sionnel(le)s du sexe (y compris des niveaux de violence élevés) par la police et par les criminels sont aussi répandues que le commerce du sexe lui-même et entravent sérieusement les efforts de prévention (Human Rights Watch, 2003). Pour tenter de résoudre ces problèmes, il faut sensibiliser et former les officiers de police, élaborer des règlements protecteurs et faire appliquer les lois existantes et les sanctions sur le lieu de travail, afin de proscrire la discrimination et punir la violence.
A tout moment, on compte environ 10 millions de détenus dans le monde, ce qui a des implications graves pour l'épidémie mondiale, étant donné que les prisons et autres centres de détention sont des terrains propices aux maladies infectieuses comme le VIH, la tuberculose et l'hépatite. Les populations carcérales proviennent dans une large mesure des groupes les plus marginalisés de la société– personnes en mauvaise santé et atteintes de maladies chroniques non soignées, personnes vulnérables et autres qui se livrent à des activités entraînant un risque élevé d'exposition au VIH, comme l'injection de drogues et le commerce du sexe. La vaste majorité d'entre elles sont libérées et retournent à la collectivité à un moment ou un autre.
Les données confirmant la forte prévalence du VIH dans les prisons sont largement disponibles. En Afrique du Sud, où la prévalence de l'infection à VIH chez les adultes est supérieure à 20%, ce taux est deux fois plus élevé dans les prisons (Goyer, 2003). Aux Etats-Unis, on estime que la proportion de cas confirmés de SIDA dans les prisons est quatre fois plus élevée que dans la population générale (Braithwaite et Arriola, 2003). En Europe, les niveaux d'infection notifiés atteignent 26% en Espagne; 17% en Italie; 13% en France; et 11% en Suisse comme aux Pays-Bas. Un grand nombre d'infections à VIH ont également été enregistrées dans les prisons des pays d'Europe orientale, dont l'Ukraine et, plus récemment, en Lituanie, alors que les prisons du Brésil ont des taux d'infection allant de 11% à 22% (Jürgens, 2003).
Globalement, la plupart des détenus sont des hommes, mais les femmes incarcérées sont également exposées au risque d'infection à VIH. Au Brésil, au Canada et aux Etats-Unis, les détenues ont une probabilité plus élevée d'être séropositives que les hommes détenus, principalement parce qu'une grande proportion d'entre elles sont incarcérées en raison de leur consommation de drogues et du commerce du sexe (De Groot et al., 1999; Human Rights Watch, 1998).
En Fédération de Russie, maintenant que la consommation de drogues injectables s'est accrue dans la société, la proportion des détenus qui s'injectent des drogues a augmenté ainsi que le nombre de détenus séropositifs (voir Figure 23), qui constituent aujourd'hui environ 4,3% de la population carcérale totale.
Les autorités pénitentiaires le nient parfois, mais les comportements qui s'accompagnent d'un risque élevé de transmission du VIH sont courants dans les prisons, à l'instar de la consommation de drogues injectables, du tatouage, des relations sexuelles entre hommes et de la violence (y compris le viol). En Afrique du Sud, jusqu'à 65% des détenus ont des rapports sexuels avec d'autres détenus et on estime que 80% des détenus en attente de procès sont volés et violés par les détenus déjà jugés avec lesquels ils partagent une cellule (Goyer, 2003; Centre international d'études pénitentiaires, 2003).
Heureusement, un nombre croissant de systèmes pénitentiaires s'occupent de protéger les détenus du VIH. De nombreux pays de l'Union européenne offrent maintenant un accès gratuit à des préservatifs, à des traitements de substitution et à des programmes d'échange d'aiguilles et seringues en milieu carcéral. En Espagne, par exemple, on estime que 60% des consommateurs de drogues détenus reçoivent de la méthadone (Stöver, 2001). La Fédération de Russie collabore avec la Fondation SIDA Est-Ouest pour élaborer un programme modèle comprenant l'éducation à la prévention à l'intention des détenus et des personnels pénitentiaires, l'accès aux préservatifs et la fourniture de désinfectants pour stériliser le matériel d'injection (AFEW, 2003). Parmi les pays à faible et moyen revenus, l'Ouganda a montré la voie en matière de formation à la prévention du VIH des détenus et des personnels pénitentiaires, et il a partagé ses compétences avec le système pénitentiaire d'Afrique du Sud.
Autorisations d'entrée, traitement et prise en chargeUn nombre croissant de personnes séropositives émigrent vers les pays européens. Des études récentes montrent que ces individus sont généralement diagnostiqués tardivement et ne peuvent par conséquent bénéficier d'une prise en charge et d'un traitement précoces (Haour-Knipe, 2002). Certains pays privilégient le conseil et le test volontaires ainsi que la prise en charge et le traitement des migrants et demandeurs d'asile infectés par le VIH. Mais d'autres pays ont opté pour le dépistage obligatoire et l'exclusion. C'est particulièrement le cas des migrants qui ont l'intention de demeurer plus de six à 12 mois dans le pays hôte. Certains pays refusent absolument l'entrée aux migrants séropositifs, alors que d'autres exigent la preuve que la personne a les moyens de financer son propre traitement et ses soins au cours de son séjour dans le pays. Au Royaume-Uni, ce débat a atteint un point critique en 2003, lorsqu'il a été révélé qu'on estimait que 80% environ des nouvelles infections hétérosexuelles à VIH avaient été contractées en Afrique subsaharienne. Une intense couverture médiatique a sous-entendu que les requérants d'asile utilisaient beaucoup trop de services publics, ce qui a conduit à des demandes pour rendre le dépistage obligatoire pour les immigrants. En réponse, le All-Party Parliamentary Group on AIDS et son groupe homologue s'occupant des réfugiés, ont organisé une série d'audiences pour examiner la question. Ils ont conclu que le dépistage et l'exclusion étaient à la fois peu pratiques et indésirables pour des raisons de droits de la personne et de santé publique. Ils ont recommandé aux pouvoirs publics de s'appuyer sur les directives reconnues qui s'opposent au dépistage obligatoire, tout en encourageant le test volontaire pour assurer un meilleur accès au traitement et à la prise en charge. Le groupe a également demandé la formulation de directives nationales relatives à la prise en charge des demandeurs d'asile séropositifs vivant au Royaume-Uni (All-Party Parliamentary Group on AIDS, 2003). |
Les traitements antirétroviraux et les thérapies de substitution sont maintenant disponibles dans certaines prisons européennes. Ce progrès reflète le principe selon lequel le traitement et la prise en charge des détenus devraient être équivalents à ce qui est offert hors du système carcéral, comme l'a très récemment souligné en février 2004 la Déclaration de Dublin sur le VIH/SIDA dans les prisons d'Europe et d'Asie centrale. En fin de compte pourtant, les interventions les plus efficaces pour ce groupe seront celles dont le but est de rompre le cercle vicieux de la consommation de drogues, de la criminalité et de l'incarcération.
Adapter l'intervention aux conditions localesIl arrive fréquemment que les pouvoirs publics évitent de fournir des aiguilles et seringues stériles par crainte de voir augmenter la consommation de drogues injectables. Pourtant, il n'existe aucune donnée permettant d'appuyer cette idée. Les études effectuées en Australie, au Canada, aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, et en Suède ont toutes montré que ces programmes (en particulier lorsqu'ils sont associés à d'autres interventions) contribuent à réduire l'utilisation de matériel d'injection non stérile et la transmission du VIH. Rien ne prouve qu'ils entraînent une augmentation soit du nombre des consommateurs, soit de la fréquence de la consommation de drogues injectables (Riehman, 1996). Les programmes doivent néanmoins être adaptés aux conditions locales. Par exemple, une recherche au Canada a montré que les personnes qui s'injectent de la cocaïne ont tendance à s'injecter beaucoup fréquemment que les consommateurs d'héroïne et qu'il leur faut donc beaucoup plus d'aiguilles et de seringues que les quantités qui sont généralement fournies par les programmes d'échange d'aiguilles et seringues (Strathdee et Vlahov, 2001). |
Il s'agira par exemple d'élargir les traitements de substitution aux consommateurs de drogues en général et d'appliquer toujours davantage des condamnations n'entraînant pas d'incarcération.
Récemment, des populations toujours plus nombreuses se sont déplacées– d'un lieu à un autre dans leur propre pays, ou vers des pays différents. L'Organisation internationale pour les Migrations estime que le nombre de migrants internationaux (qui ont traversé leurs frontières nationales) a passé de 105 millions en 1985 à 175 millions en 2000 (OIM, 2003), et un nombre analogue de personnes pourraient s'être déplacées à l'intérieur de leurs frontières nationales.
On note un lien étroit entre divers types de mobilité et un risque accru d'exposition au VIH (voir le Chapitre 'Un aperçu mondial de l'épidémie de SIDA'). Cependant, si un préjugé largement répandu veut que les migrants 'amènent le SIDA avec eux', le fait est que de nombreux migrants se déplacent de zones à faible prévalence du VIH à des régions à plus forte prévalence, accroissant ainsi leur propre risque d'être exposés au virus.
Le risque d'exposition au VIH dépend souvent des raisons de la mobilité. Une récente étude conduite en Inde a montré que 16% des chauffeurs routiers dont les trajets se situent dans le sud du pays étaient séropositifs au VIH, par rapport à une prévalence nationale du VIH inférieure à 1% (Manjunath et al., 2002). En Afrique du Sud, la prévalence du VIH est deux fois plus élevée parmi les travailleurs migrants (26%) que parmi les non-migrants (Lurie et al., 2003). A Sri Lanka, les employées de maison de retour d'un emploi au Moyen-Orient représentent environ la moitié des cas de VIH notifiés (PNUD, 2001a). Les conflits armés peuvent augmenter le risque de VIH très rapidement, lorsque des milliers de personnes sont contraintes de fuir leur foyer et leur communauté (voir Le Point : 'VIH et conflits').
La grande variété des conditions auxquelles sont confrontés les migrants nécessite une adaptation attentive de la prévention du VIH aux circonstances particulières de chaque groupe. A l'échelle mondiale, on privilégie la prévention parmi les populations mobiles qui traversent régulièrement les frontières internationales, à savoir les chauffeurs routiers, les commerçants et les professionnel(le)s du sexe. Un examen récent a montré que 56 programmes au moins se déroulent en Afrique et que 27 organisations travaillent dans ce domaine en Asie du Sud et du Sud-Est (OIM/ONUSIDA/PNUD, 2002 ; PNUD, 2001). Cinq pays participent à un programme sous-régional commun de prévention du VIH et de prise en charge du SIDA, récemment lancé le long du corridor de migration Abidjan-Lagos (voir Figure 24).
La coopération transfrontalière s'accroît dans différentes parties du monde. En octobre 2003 par exemple, les pays de l'ANASE ont fait un important pas en avant lorsqu'ils ont convenu d'incorporer les programmes de prévention du VIH dans les grands projets de construction. Avant de pouvoir faire leurs offres, les entrepreneurs doivent intégrer dans leurs projets des services de prévention du VIH à l'intention des ouvriers du chantier et des communautés avoisinantes.
L'utilisation de matériel d'injection contaminé pour s'injecter de la drogue est un mode très efficace de transmission du VIH, qui continue à jouer un rôle majeur dans les épidémies de plusieurs régions du monde (voir Figure 25). On compte plus de 13 millions de consommateurs de drogues injectables sur la planète et dans certaines régions plus de 50% d'entre eux sont infectés par le VIH. Actuellement, les injections de drogues au moyen de matériel contaminé sont le principal mode de transmission du VIH dans de nombreux pays d'Europe, d'Asie et d'Amérique latine; elles alimentent également la transmission du VIH en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Ces dernières années, la transmission parmi les consommateurs de drogues injectables a provoqué la propagation de l'infection à VIH la plus rapide du monde en Europe orientale et en Asie centrale (voir le Chapitre 'Un aperçu mondial de l'épidémie de SIDA').
Toutefois, l'expérience a montré qu'il était possible de prévenir ou même d'inverser des épidémies importantes parmi les consommateurs de drogues injectables en associant plusieurs interventions. Des villes comme Londres, Royaume-Uni, et Dhaka, Bangladesh, sont parvenues à maintenir la prévalence du VIH parmi les consommateurs de drogues injectables à moins de 5%. A New York, aux Etats-Unis, et à Edimbourg, en Ecosse, ainsi que dans plusieurs villes du Brésil, la prévalence parmi les consommateurs de drogues injectables a même baissé (Burrows, 2003).
Les meilleurs programmes s'appuient sur les trois piliers que sont la diminution de l'approvisionnement, la baisse de la demande et la réduction des risques. Une série d'options programmatiques devraient être appliquées: décourager les individus d'utiliser des drogues, mettre le traitement à la disposition des consommateurs, fournir les thérapies de substitution appropriées et faire en sorte que des aiguilles et seringues stériles soient disponibles. Une étude comparant la prévalence du VIH dans des villes du monde entier disposant ou non de programmes d'échange des aiguilles et seringues ont montré que les villes qui avaient introduit de tels programmes observaient une baisse annuelle moyenne de 19% de la prévalence du VIH. Ce chiffre peut être comparé à l'augmentation de 8% relevée dans les villes qui ne mettent pas en place de mesures de prévention. Rien qu'en
Dépistage du VIHL'ONUSIDA encourage l'élargissement de l'accès au test VIH volontaire et confidentiel (demandé par le client ou offert par le prestataire de service), conduit avec le consentement éclairé de l'individu et associé au conseil pour les personnes tant séropositives que séronégatives. Pour ce qui est du test suggéré par le prestataire de service, en toutes circonstances, les individus seront toujours en droit de refuser le dépistage, c.-à-d. de choisir de refuser une offre systématique de dépistage. Toutes les personnes dont le test se révèle positif seront orientées vers des services médicaux et psychosociaux et tous les tests s'accompagneront de programmes d'éducation communautaire et de réformes juridiques et politiques visant à supprimer la stigmatisation et la discrimination. |
Australie, ces programmes ont permis d'éviter quelque 25000 infections à VIH et d'économiser des centaines de millions de dollars en frais de traitement du VIH (Drummond, 2002).
Actuellement, la proportion des consommateurs de drogues injectables qui sont touchés par des interventions de prévention est extrêmement faible– moins de 5% du total dans les pays où ce type de transmission est important (ONUSIDA, 2003). Dans de nombreux pays, on trouve encore des obstacles politiques et juridiques à l'application des méthodes avérées telles que l'accès à des aiguilles stériles et à des thérapies de substitution, et ceci malgré les déclarations d'organismes internationaux comme l'Organe international de contrôle des stupéfiants confirmant que ces mesures n'enfreignent pas les conventions internationales relatives au contrôle des drogues (OICS, 2004). En outre, bien peu d'interventions tiennent compte des partenaires sexuels des consommateurs de drogues injectables, qui sont pourtant un élément essentiel pour éviter l'expansion ultérieure de l'épidémie.
Les efforts de prévention sont aussi entravés par la stigmatisation associée à la consommation de drogues. Dans certains pays, les dispensateurs de soins de santé évitent activement de s'occuper de consommateurs de drogues injectables. En Fédération de Russie, plus de 90% du million de personnes vivant avec le VIH, selon les estimations, ont été infectées par le biais de la consommation de drogues injectables. Pourtant, les consommateurs de drogues injectables ne représentent que 13% des personnes bénéficiant d'une thérapie par les antirétroviraux (Malinowska-Sempruch et al., 2003).
Connaître sa sérologie VIH permet d'accéder aux traitements du SIDA et ses avantages en matière de prévention sont bien documentés; cependant, la portée actuelle des services de dépistage du VIH est insuffisante et la participation est souvent faible, principalement par crainte de la stigmatisation et de la discrimination.
L'élargissement du dépistage du VIH s'appuie notamment sur une meilleure protection contre la stigmatisation et la discrimination ainsi que sur l'assurance d'accéder à des services intégrés de prévention, de traitement et de prise en charge. Les stratégies de santé publique destinées à accroître la connaissance de son statut sérologique et à protéger les droits de la personne se renforcent mutuellement et devraient être intégrées, pour obtenir la baisse la plus forte possible de la transmission du VIH et améliorer la qualité de vie des personnes vivant avec le VIH. Le processus du dépistage, quel qu'en soit le contexte, doit rester volontaire, et la confidentialité des résultats du test doit être respectée. Les principes soutenant le dépistage du VIH depuis ses débuts en 1985 sont connus sous l'appellation des 3 C, à savoir:

Les possibilités de dépistage du VIH offertes aux individus doivent être élargies d'urgence pour améliorer l'accès à la prévention et au traitement. Les services de conseil et de test volontaires demandés par le client qui privilégient la connaissance de la sérologie VIH, notamment parmi les personnes sexuellement actives, sont organisés par des ONG ou les services publics dans des établissements indépendants ou spécialisés. Un élargissement rapide exige:
Les nouvelles stratégies destinées à accroître l'efficacité à la fois des programmes de traitement et de prévention exigent que le test VIH soit systématiquement offert par les prestataires de services et s'accompagnent d'une orientation vers des services efficaces de prévention et de traitement. Le test VIH aux fins du diagnostic est indiqué lorsqu'une personne montre des signes et symptômes correspondant à une maladie liée au VIH dont la tuberculose, afin de faciliter le diagnostic et la prise en charge cliniques. Le dépistage du VIH devrait être systématiquement offert par les dispensateurs de soins de santé à tous les patients dans:
Il faut assurer une orientation vers des services de conseil après le test, pour toutes les personnes qui font un dépistage, et vers des services de soutien médical et psychosocial pour les personnes dont le test est positif– que le test soit fait aux fins de diagnostic ou systématiquement offert (voir Figure 27). Les conditions fondamentales de confidentialité, de consentement et de conseil sont applicables, mais le conseil avant le test habituellement fourni dans le cas de tests demandés par les clients est simplement adapté pour assurer le consentement éclairé, sans procéder à une session complète d'éducation et de conseil avant le test.
Pour le dépistage offert par le prestataire de service, que ce soit pour un diagnostic, pour la fourniture d'une prophylaxie de la transmission mère-enfant par les antirétroviraux ou pour encourager les individus à connaître leur sérologie VIH, les clients gardent toujours le droit de refuser l'offre systématique de dépistage qui leur est faite. Un test VIH pratiqué sans consentement ne peut se justifier que dans les rares cas où un patient est inconscient, sa parenté ou son tuteur est absent et qu'il faut absolument connaître son état sérologique pour appliquer le traitement optimal. Tous les donneurs de sang doivent être informés que leur sang sera testé de manière confidentielle et que les dons de sang infectés par le VIH seront retirés des réserves de sang.
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Pour être en mesure de donner leur consentement éclairé à une offre de dépistage du VIH faite par un prestateur de soins, les clients devront être informés des points suivants:
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La prévention, le diagnostic et le traitement des infections sexuellement transmissibles (IST) sont autant d'éléments essentiels d'une stratégie efficace de prévention du VIH. Si elles ne sont pas soignées, les IST accroissent de manière spectaculaire le risque de transmission du VIH par les rapports sexuels non protégés. La plupart des IST peuvent être évitées par l'usage des préservatifs et par un traitement précoce. En outre, de nombreuses IST bactériennes (p. ex. syphilis, blennorragie et infections à Chlamydia) et parasitaires (p. ex. les infections à Trichomonas) se soignent facilement et à peu de frais grâce aux antibiotiques.
Malheureusement, dans de nombreux pays, l'insuffisance du diagnostic et du traitement des IST entrave les efforts de prévention du VIH. En 2003 au Viet Nam, 38% seulement des patients atteints d'IST étaient correctement diagnostiqués, conseillés et traités. On observe des chiffres comparables au Botswana et au Kenya où ils sont respectivement de 30% et 50% (ONUSIDA, 2003). Mais à Cotonou, Bénin, des pharmaciens formés à diagnostiquer les urétrites sexuellement transmises chez les hommes avaient plus de chances d'identifier des cas et de recommander un traitement adéquat que les autres pharmaciens.
Réduire la transmission mère-enfant… et plusPTME-Plus (prévention de la transmission mère-enfant plus) est une initiative regroupant de nombreux partenaires, financée par plusieurs fondations privées et, depuis peu, par l'Agence des Etats-Unis pour le Développement international. Lancée en 2001, l'initiative vise à accélérer l'élargissement des programmes de prévention en apportant un traitement antirétroviral à long terme aux femmes participant aux programmes de prévention de la transmission mère-enfant qui en ont elles-mêmes besoin (OMS, 2003a). D'ici à novembre 2003, PTME-Plus avait recruté plus de 900 mères, enfants et partenaires nécessitant une thérapie antirétrovirale. Le but est de recruter 10000 personnes sur 11 sites de démonstration en Afrique du Sud, en Côte d'Ivoire, au Kenya, au Mozambique, en Ouganda, au Rwanda et en Zambie. Douze subventions supplémentaires pour la préparation des projets ont été allouées dans ces pays et dans d'autres. |
Si l'on s'accorde généralement à penser que les efforts de lutte contre les infections sexuellement transmissibles doivent être sérieusement élargis– de diverses manières– l'impact relatif des programmes à grande échelle de traitement des infections sexuellement transmissibles sur l'incidence du VIH suscite le débat parmi les chercheurs. A Mwanza, Tanzanie, un essai communautaire à grande échelle de traitement des infections sexuellement transmissibles a permis de réduire l'incidence du VIH dans la communauté. Toutefois, deux autres essais en Ouganda (à Masaka et au Rakai) n'ont eu aucun effet (Kamali et al., 2003). Ces résultats sont probablement dus au fait que l'épidémie avait déjà atteint un stade assez avancé lorsque ces deux essais ont été entrepris. La lutte contre les infections sexuellement transmissibles serait peut-être plus efficace pour réduire l'incidence du VIH dans le cas des épidémies à bas bruit et à croissance lente (Hitchcock et Fransen, 1999).
En 2003, on estime à 630000 le nombre d'enfants qui ont été infectés par le VIH dans le monde– la vaste majorité au cours de la grossesse ou de l'accouchement de leur mère, ou pendant l'allaitement. Par ailleurs, quelque 490000 enfants sont morts de causes liées au SIDA en 2003.
Un quart au moins des nouveau-nés infectés par le VIH meurent avant l'âge d'un an. Jusqu'à 60% meurent avant leur deuxième anniversaire. Généralement, la plupart meurent avant l'âge de cinq ans (Dabis et Ekpini, 2002; Elizabeth Glaser Pediatric AIDS Foundation, 2003). En 1999 au Botswana, 40% de tous les enfants qui sont décédés avant leur cinquième anniversaire sont morts du SIDA. Au Zimbabwe, le SIDA a tué plus de 35% des enfants du même groupe d'âge, par rapport à 25% en Namibie et au Swaziland, et plus de 20% en Afrique du Sud, au Kenya, et en Zambie (Walker et al., 2002).
Beaucoup de ces enfants contractent le VIH par la transmission mère-enfant, illustrant crûment les inégalités actuelles en matière de santé. Dans les pays à faible et moyen revenus, la probabilité qu'une mère séropositive qui allaite transmette le virus à son nouveau-né est de 30% au moins (ONUSIDA, 2003). Par contraste, la transmission aux nourrissons est rare dans les pays industrialisés grâce à la prophylaxie par les antirétroviraux, les césariennes et les substituts du lait maternel (Dabis et Ekpini, 2002; OMS, 2003b). En associant la zidovudine dès la 28ème semaine de la grossesse, à une dose unique de névirapine au début du travail pour la mère et une dose unique de névirapine et une semaine de zidovudine pour le nouveau-né, on peut obtenir des taux de transmission inférieurs à 2% chez des mères non allaitantes dans des conditions où les ressources sont limitées.
Par la Déclaration d'engagement des Nations Unies sur le VIH/SIDA 2001, la communauté internationale s'est engagée à réduire la proportion des nourrissons infectés par le VIH de 20% d'ici à 2005, et de 50% d'ici à 2010. Pour atteindre ces objectifs, il faudra de toute urgence et considérablement intensifier les activités, en élargissant notamment les services de prévention primaire du VIH à l'intention des femmes en âge de procréer, l'accès au conseil et au test volontaires à l'intention des femmes enceintes, les services de santé reproductive et la prophylaxie par les antirétroviraux pour éviter la transmission de la mère à l'enfant.
Depuis juillet 2001, Boehringer Ingelheim offre aux pays à faible revenu la névirapine nécessaire pour leurs programmes de prévention de la transmission mère-enfant. En juillet 2002, les Laboratoires Abbott ont annoncé un programme de dons de ses tests de dépistage rapide du VIH aux mêmes fins. Grâce à ces dons, des tests de dépistage rapide du VIH ont été gratuitement offerts pour tester plus de 450000 femmes enceintes et des dons de ces deux produits ont été remis à 48 programmes dans 24 pays. Cependant, dans plusieurs pays participants, les infrastructures permettant de délivrer ces interventions demeurent un problème.
Les progrès accomplis pour élargir l'accès à la prévention par les antirétroviraux ont été lents jusqu'ici et 10% seulement des femmes enceintes ont bénéficié de ce service (Policy Project, 2004). En Afrique du Sud, au Burkina Faso, en Ethiopie, au Malawi et au Nigéria, moins d'un pour cent des femmes séropositives qui ont accouché en 2003 ont eu accès à un traitement de prévention de la transmission mère-enfant. Au Cambodge, Myanmar et Viet Nam, la couverture est inférieure à 3% (ONUSIDA, 2003). De nombreux obstacles entravent l'élargissement de ces programmes de prévention, dont l'insuffisance de la couverture des services de soins prénatals, le manque de ressources financières et humaines, la faible connaissance de leur sérologie VIH chez les femmes enceintes, la crainte de la stigmatisation et de la discrimination et la tendance de nombreuses femmes dans les pays à faible et moyen revenus à accoucher à la maison plutôt que dans un établissement de santé.
Depuis 1999, l'UNICEF a pris la tête des projets internationaux visant à réduire la transmission mère-enfant dans les pays à faible et moyen revenus. Entre avril 1999 et juillet 2002, des projets appuyés par l'UNICEF et ses partenaires dans 16 pays ont pu atteindre près de 600000 femmes enceintes qui fréquentaient des consultations prénatales et ont fourni un traitement antirétroviral à plus de 12000 femmes séropositives après le conseil et le test. La Elizabeth Glaser Pediatric AIDS Foundation a apporté une contribution précieuse par le biais de son initiative 'Call to Action' dans 17 pays. La Figure 28 montre la répartition des services et leur fréquentation dans neuf pays africains. Dans les sites en Afrique, 63% des mères séropositives ont reçu un traitement prophylactique contre 77% dans les sites hors d'Afrique (voir Figure 29).
Des approches plus globales associant prévention et prise en charge promettent d'accroître le nombre de femmes qui participent aux programmes de prévention de la transmission mère-enfant et de réduire la mortalité parmi les enfants de moins de cinq ans qui, en l'absence de ces programmes, perdraient leur mère. Il s'agit notamment d'offrir des services supplémentaires de prise en charge aux mères séropositives et à leur famille, en traitant par exemple les infections opportunistes et en offrant une thérapie antirétrovirale, un soutien nutritionnel et des soins de santé reproductive, y compris des services de planification familiale. Cette approche ouvrira peut-être aussi la voie à un changement des attitudes des partenaires masculins, s'ils bénéficient aussi de l'accès aux services de santé, par l'intermédiaire de la prise en charge pré- et postnatale de leurs partenaires (UNFPA, 2003).
Les transfusions au moyen de sang contaminé sont malheureusement une forme extrêmement efficace de transmission du VIH. Selon l'OMS, les transfusions sanguines pourraient représenter 5% à 10% de toutes les infections cumulées dans le monde (OMS, 2002).Toutefois, l'incidence de ce type de transmission a considérablement baissé grâce à l'instauration de pratiques telles que le dépistage obligatoire des dons de sang, l'utilisation de donneurs à faible risque et à la promotion d'une utilisation clinique appropriée du sang. Aux Etats-Unis, par exemple, cette méthode a permis de réduire le risque de transmission du VIH à une transmission pour 500000 transfusions environ.
Des progrès importants ont également été réalisés dans la promotion de la sécurité du sang dans les pays à faible et moyen revenus (OMS, 2003). Néanmoins, certains pays n'ont toujours pas totalement mis en place des politiques avérées relatives à la sécurité du sang. Ils risquent des transmissions du VIH, car le dépistage du sang n'y est pas systématique et les donneurs sont payés. La prévalence dans ces groupes est plus élevée que dans ceux qui sont composés de volontaires qui ne sont pas payés pour donner leur sang (OMS, 2003).
On estime que 5% des nouvelles infections dans le monde et 2,5% des infections à VIH en Afrique subsaharienne (Hauri et al., 2004) sont provoquées par l'emploi d'aiguilles ou seringues non stérilisées dans des structures telles que les hôpitaux et les dispensaires.
L'UNICEF, l'OMS et l'UNFPA recommandent que tous les pays n'utilisent plus que des seringues autobloquantes pour les vaccinations. Il s'agit de seringues qui deviennent inutilisables après une seule injection. L'Alliance mondiale pour les vaccins et la vaccination soutient l'introduction à grande échelle des seringues autobloquantes dans les programmes de vaccination, exige que ces seringues soient utilisées pour tous les vaccins obtenus par l'intermédiaire de l'UNICEF et distribue des boîtes de sécurité pour l'élimination sans danger du matériel d'injection.
Pour prévenir la transmission du VIH ou d'autres maladies transmises par le sang, les agents de santé devraient appliquer les 'précautions universelles', approche qui suppose que tous les individus sont potentiellement infectieux. Il faut alors porter des gants lorsque l'exposition à des liquides corporels est possible, utiliser des blouses, masques et gants si des éclaboussures sont à craindre.
Les programmes de prévention complète peuvent devenir réalité si des mesures concertées sont prises sur plusieurs fronts, notamment:
Si la propagation du VIH se poursuit à son rythme actuel, les pays fortement touchés seront mis à plus rude épreuve encore par l'impact de l'épidémie et ils auront toujours plus de peine à répondre à la demande de traitement et à soutenir les enfants rendus orphelins par le SIDA. En outre, les pays ne parviendront pas à atteindre leurs Objectifs de développement pour le Millénaire et ceux de la Déclaration d'engagement des Nations Unies sur le VIH/SIDA 2001.
Ce serait une grave erreur de laisser les efforts de prévention s'affaiblir et les conséquences pour les générations à venir seraient déplorables. Nous avons à la fois les connaissances scientifiques et les données empiriques nécessaires pour relever le défi de la prévention. L'élargissement de l'accès aux traitements offre aussi maintenant de nouvelles occasions d'intégration de la prévention et des traitements.
L'objectif visant à donner le jour à une génération sans SIDA dans les 15-20 années à venir est réalisable si tous les secteurs, à tous les niveaux de la société, y compris les individus et leur famille, font preuve de leadership politique et social. Chaque nouvelle infection évitée aujourd'hui brise une chaîne potentielle de transmission du VIH demain.
Pour relever les défis de demain, il faudra notamment: