2004 Rapport sur l’épidémie mondiale de SIDA 4ème rapport mondial
Le PointSIDA et droits de la personne : |
La protection des droits de la personne est un élément essentiel de la riposte efficace à l'épidémie de SIDA aux niveaux individuel, national et mondial. Le VIH atteint le plus durement les régions où ces droits sont le moins respectés, surtout chez les populations et les communautés qui se trouvent en marge de la société, comme par exemple les professionnel(le)s du sexe, les consommateurs de drogues injectables et les hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes. Par ailleurs, la protection des droits fondamentaux des personnes améliore la capacité de ces dernières à se protéger et à protéger autrui contre l'infection à VIH, contribue à réduire leur vulnérabilité vis-à-vis du VIH et les aide à faire face aux répercussions de l'épidémie.
On a pu récemment entendre une argumentation selon laquelle, au cours des efforts de mise à niveau de la riposte au SIDA, l'approche fondée sur les droits de la personne dans la prévention de l'infection à VIH aurait atténué l'importance de la santé publique, laquelle offrirait un cadre plus orienté vers l'application pratique. Toutefois, l'expérience a clairement démontré qu'il est fatal de mettre en opposition la santé publique et les droits de l'homme. Les stratégies de santé publique et la protection des droits de la personne se renforcent mutuellement. Leur intégration est particulièrement efficace quand il s'agit de diminuer la transmission du VIH et d'améliorer la qualité de vie des personnes vivant avec le VIH.
Résultats obtenus grâce aux approches fondées sur la protection des droits de la personneCes approches ont permis d'obtenir des résultats grâce aux effets ci-après :
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Quels que soient les défis rencontrés, la question des droits de la personne au niveau national a présenté récemment des évolutions positives. Les processus participatifs ont permis d'intégrer les droits de la personne liés au VIH– en particulier le principe de non-discrimination– au sein des outils programmatiques tels que les politiques nationales, les stratégies et les cadres législatifs relatifs au SIDA. Ainsi, en janvier 2003, le Cambodge a adopté une loi sur le VIH/SIDA; le parlement du Malawi a adopté une politique fondée sur les droits de la personne en janvier 2004; et le Bélarus, la Fédération de Russie, l'Inde, le Lesotho et le Libéria ont annoncé des réformes politiques et législatives du même ordre.
Dans le même temps, un programme de microsubventions mis en place par l'Organisation des Nations Unies pour l'Education, la Science et la Culture (UNESCO) et l'ONUSIDA a permis à des jeunes du Bangladesh, du Malawi, du Mozambique, de Sri Lanka et de la Zambie d'élaborer et de mettre en place des programmes visant à combattre la stigmatisation et la discrimination.
Le droit de rechercher, de recevoir et de fournir de l'information est un droit humain fondamental et une condition sine qua non pour assurer une prévention efficace de l'infection à VIH et une prise en charge efficace du SIDA. Tout un chacun a le droit de savoir comment se protéger contre l'infection à VIH. Il en est de même pour le droit de connaître son statut VIH, et, en présence d'une infection, de savoir comment obtenir traitement, prise en charge et soutien.
Des modèles de fourniture de soins pratiques, fondés sur l'éthique et les droits de la personne, doivent pouvoir apporter à ceux et celles qui en ont besoin l'information, le conseil et le test appropriés. Au niveau mondial, les activités fondées sur les droits comptent par exemple à l'heure actuelle des campagnes de sensibilisation visant des groupes spécifiques tels que les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, les consommateurs de drogues injectables, les professionnels de la santé et les populations carcérales (Guinée, Italie, Koweït, Portugal); l'incorporation de programmes relatifs au SIDA dans les programmes scolaires (Argentine, Cuba, Maurice, République tchèque, Saint-Vincent-et-Grenadines); le développement communautaire de programmes d'éducation et de prévention (Liban, Thaïlande); la mise au point de programmes tenant compte des spécificités culturelles pour l'éducation et la prévention à l'usage des populations autochtones, des réfugiées, des demandeurs d'asile et des migrants (Canada, Norvège, Pays-Bas).
En mars 2004, les Groupes thématiques des Nations Unies sur le SIDA au Cambodge, à Fidji, au Népal et en Thaïlande ont entrepris des consultations sur les droits de la personne et le SIDA. En outre, une réunion a été organisée sur le thème du SIDA et des droits de l'homme dans la région Asie-Pacifique, parrainée par l'ONUSIDA, le Haut Commissariat aux droits de l'homme (HCDH), le Fonds des Nations Unies pour l'Enfance (UNICEF), l'Organisation internationale du Travail (OIT), le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) et le Policy Project. Des représentants de 20 pays de la région y ont assisté, notamment des responsables gouvernementaux, des membres des conseils nationaux de lutte contre le SIDA, des juristes, des médecins, des personnes vivant avec le VIH, des consommateurs de drogues injectables, des professionnel(le)s du sexe, des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, des jeunes, des populations mobiles et des minorités ethniques).
Les recommandations émanant de ces consultations contribuent aux activités de plaidoyer, notamment le Forum du Leadership Asie-Pacifique. Elles facilitent l'amélioration des activités de formation et d'orientation pour mieux comprendre les problèmes liés aux droits de la personne dans le domaine du SIDA au niveau régional et contribuent aussi à identifier les meilleures pratiques
Dans d'autres régions, l'UNESCO et l'ONUSIDA ont apporté leur soutien à des sessions de formation pour la jeunesse sur la problématique des droits de la personne et du SIDA. Ces sessions ont eu lieu en Afrique du Nord et au Moyen-Orient (Beyrouth, Liban) ; en Afrique francophone (Yaoundé, Cameroun) ; et en Europe orientale (Croatie). La formation a traité des connaissances, des compétences et des attitudes requises pour encourager un changement de comportement positif. Elle a aussi traité du rôle des médias et de la communication dans les messages fondés sur les droits, notamment sur la manière de combattre les craintes et les mythes qui trop souvent créent et renforcent la stigmatisation et la discrimination liées au SIDA. A la fin 2003, cette formation avait touché des jeunes de plus de 60 pays.
De plus en plus, les Nations Unies et les autres organisations se sont concentrées sur le principe selon lequel tous les individus ont droit au plus haut niveau de santé physique et mentale. Cette prise de position a renforcé les droits de la personne liés au VIH. En septembre 2002, la Commission des droits de l'homme des Nations Unies a nommé un Rapporteur spécial sur le droit à la santé, qui a porté une attention particulière aux problèmes du SIDA. En juin 2003, l'ONUSIDA et le Haut Commissariat aux droits de l'homme ont organisé une réunion sur les Procédures spéciales liées au VIH/SIDA et aux droits de l'homme afin de mettre au point une approche stratégique pour l'intégration des questions liées au SIDA au sein de leurs mandats respectifs, renforçant du même coup le travail effectué pour ces droits au niveau des pays.
D'autres rapporteurs spéciaux, experts indépendants et représentants spéciaux sur la situation des droits de l'homme ont aussi intégré les questions liées au SIDA dans des pays comme le Cambodge, Haïti, le Libéria, le Myanmar, l'Ouganda, la Somalie et le Yémen. En outre, les rapporteurs thématiques–violence contre les femmes, logement, droits des populations migrantes, entre autres– suivent de près les questions des droits liés au SIDA.
Le Rapporteur spécial sur la vente d'enfants, la prostitution des enfants et la pornographie impliquant des enfants a étudié les liens entre l'exploitation sexuelle des enfants et le SIDA et a identifié des mesures pratiques accessibles aux gouvernements pour améliorer la protection des droits de l'enfant dans ce domaine. Le Rapporteur spécial contre la torture et les autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants a porté une attention particulière aux problèmes des détenus.
Les Résolutions sur le SIDA approuvées par la Commission des droits de l'homme des Nations Unies, parmi lesquelles la Résolution concernant l'accès aux traitements contre le SIDA, ont catalysé l'engagement politique et aidé à assurer un suivi des droits relatifs au SIDA.
En janvier 2003, Le Comité des droits de l'enfant a émis un Commentaire général sur le VIH/SIDA et les droits de l'enfant; il s'agit du premier Commentaire général relatif à l'épidémie de SIDA jamais publié par un mécanisme de surveillance des traités. Le Commentaire général identifie les bonnes pratiques et interdit spécifiquement toute discrimination envers les enfants fondée sur leur statut VIH réel ou supposé. Il demande aux pays de faire rapport sur les mesures prises pour protéger les enfants du VIH.
Malgré ces gains, des violations graves des droits de la personne liées au SIDA persistent en plusieurs parties du monde avec une désespérante constance. En outre, il continue à y avoir de sérieux délais entre le moment où les gouvernements prennent des décisions politiques et adoptent des lois relatives à ces décisions, d'une part, et le moment où ils mettent ces lois en application, de l'autre. Seul un petit nombre de pays agissent en temps utile pour faire face à leurs engagements dans ce domaine.
La stigmatisation relative au SIDA reste l'un des principaux obstacles qui empêchent les personnes vivant avec le VIH de jouir pleinement de leurs droits. C'est aussi un obstacle majeur à l'élaboration et à la mise en application des programmes de lutte contre le VIH. La stigmatisation est un processus de dévaluation à plusieurs niveaux qui tend à renforcer les connotations négatives du VIH et du SIDA en associant ceux-ci à des groupes déjà marginalisés. Elle constitue la racine profonde des actions discriminatoires qui excluent des services liés au SIDA les personnes qui en ont besoin.
En tant qu'atteinte aux droits de la personne, la discrimination conduit souvent à différents types d'abus à l'encontre des individus. Par exemple, le Réseau Asie-Pacifique des personnes vivant avec le VIH/SIDA, au cours d'une enquête parmi les personnes séropositives en Inde, en Indonésie, aux Philippines et en Thaïlande, a montré un large éventail de discrimination persistante à l'égard des personnes vivant avec le VIH ou perçues comme telles. Il pouvait s'agir dans ces cas aussi bien de discrimination exercée par l'entourage et par les employés du cadre de travail ou des structures de soins de santé que de l'exclusion pure et simple pratiquée au niveau des réunions d'ordre récréatif et du refus de prestations, privilèges ou services.
Une recherche du même ordre dans quatre Etats du Nigéria a mis en évidence des comportements discriminatoires et contraires à l'éthique parmi les médecins, le personnel infirmier et les sages-femmes, comme le refus de soins, les manquements à l'obligation de confidentialité et les tests effectués sans l'accord préalable des personnes. Parmi les agents assurant des soins, 10% ont répondu avoir refusé de soigner une personne séropositive, et le même pourcentage a confirmé lui avoir refusé l'admission à l'hôpital. En outre, 65% ont signalé avoir vu d'autres agents de santé refuser de prendre en charge un patient affecté par le VIH ou le SIDA. Environ 20% estimaient que bien des personnes vivant avec le VIH avaient eu un comportement immoral et méritaient d'être infectées.
Ces études confirment la nécessité d'élaborer et de mettre en vigueur des politiques et des lois anti-discriminatoires. Mais il faut compléter celles-ci par d'autres mesures comme la formation en cours d'emploi et l'apport de ressources suffisantes au secteur de la santé.
La moitié environ des personnes vivant avec le VIH sont des femmes; dans le cadre de l'épidémie, celles-ci doivent faire face à une série de difficultés liées à leurs droits. Deux questions en particulier doivent faire l'objet d'une intervention urgente au niveau des gouvernements: les droits à la propriété et les droits à l'héritage. A la mort du mari ou du père, veuves et orphelins peuvent se voir chasser par d'autres parents, qui font main basse sur tous les biens. Il arrive que, dans ce genre de situation, la femme soit complètement dépouillée et se trouve dans l'obligation de recourir au travail sexuel rémunéré en espèces ou par des éléments de survie tels que de la nourriture ou une protection.
Cette inégalité liée au sexe accroît beaucoup plus le risque d'exposition à l'infection à VIH chez les femmes que chez les hommes. Elle persiste en dépit de l'obligation qui lie les Etats aux principes de la Charte des Nations Unies, de la Déclaration universelle des droits de l'homme, de la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes et de la Convention relative aux droits de l'enfant.
Comment mettre en place une approche fondée sur les droits de
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L'exploitation sexuelle des enfants persiste en tant que violation flagrante des droits de la personne. A l'ère du SIDA, les jeunes femmes se sont avérées particulièrement vulnérables à la violence, à être impliquées de gré ou de force dans le trafic sexuel, car leur jeunesse et leur état de virginité supposé les font percevoir comme indemnes de la maladie. On ne connaît pas les taux d'infection à VIH parmi les enfants exploités sexuellement, mais des études effectuées en 1999 dans des pays d'Asie ont montré que 69% de ces enfants au Bangladesh et 70% au Viet Nam étaient atteints d'une infection sexuellement transmissible.
Certaines politiques et lois restrictives ont émergé ces dernières années et ont restreint les droits des personnes vivant avec le VIH ou le SIDA ou perçues comme telles.
L'expérience a confirmé que le fait de protéger le droit des personnes réduit leur vulnérabilité au VIH et les répercussions négatives du VIH et du SIDA. Malgré les progrès importants qui ont été réalisés, il faut que le monde entier soit attentif à ne pas régresser vers des pratiques non fondées sur les droits de la personne. ![]()