Reportage

Des experts font le point concernant les femmes et les essais cliniques VIH

07 décembre 2007

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La conférence intitulée ‘Making HIV Trials Work for
Women and Adolescent Girls’ est coparrainée par
l’ONUSIDA, la Coalition mondiale sur les femmes
et le sida, le Centre international de recherches sur
les femmes (CIRF) et la société Tibotec.

Des spécialistes du sida et de la santé des femmes se réunissent à Genève les 10 et 11 décembre pour examiner les derniers développements de la recherche en matière de prévention et de traitement du VIH chez les femmes et les adolescentes infectées par le virus, et pour faire des recommandations sur les priorités et les stratégies.

La conférence intitulée ‘Making HIV Trials Work for Women and Adolescent Girls’ (‘Rendre les essais sur le VIH efficaces pour les femmes et les adolescentes’) est coparrainée par l’ONUSIDA, la Coalition mondiale sur les femmes et le sida, le Centre international de recherches sur les femmes (CIRF) et la société Tibotec. La Coalition mondiale est une alliance de groupes de la société civile, de réseaux de femmes vivant avec le VIH et d’organismes des Nations Unies ; le CIRF fait pression pour que les besoins des femmes soient pris en compte dans la conception et la mise en œuvre des programmes et politiques ; Tibotec est une société pharmaceutique internationale.

Dans trois articles axés sur les essais cliniques sur le VIH réalisés avant la conférence, nous avons interrogé des représentantes de haut rang des organisations parrainantes sur les difficultés qu’il y avait à faire participer les femmes en nombre suffisant aux essais sur le VIH, sur la place actuelle de la recherche dans les stratégies de prévention et de traitement destinées aux femmes et sur ce qu’elles attendaient concrètement d’une réunion de deux jours.


Nous avons demandé à Mme Catherine Hankins, Conseiller scientifique en chef à l’ONUSIDA, de nous dire pourquoi la conférence était organisée maintenant.

Mme Hankins : Bien que de grands pas aient été faits au cours des dernières années pour inclure des femmes en nombre approprié parmi les participants aux essais de traitement et de prévention du VIH pour pouvoir tirer des conclusions les concernant, des obstacles subsistent au niveau de leur recrutement, de leur maintien dans les essais, de la conception des études, de la grossesse et d’une participation significative des femmes à la conception, à la conduite et au suivi des essais. Il est par ailleurs évident que les adolescentes qui ont un risque d’exposition au VIH très élevé dans certains milieux doivent participer aux essais avant que l’on connaisse les résultats finaux de leur efficacité sur les adultes, de sorte que l’on puisse donner une autorisation de mise sur le marché à des produits efficaces aussi bien pour les adolescentes que pour les adultes. Cette conférence s’intéresse aux progrès réalisés à ce jour, aux obstacles futurs et aux solutions.

Question : les femmes représentent un pourcentage croissant des personnes vivant avec le VIH, en particulier en Afrique. Les programmes de recherche internationaux actuels tiennent-ils suffisamment compte de cela ?

Mme Hankins : Oui, bon nombre des essais d’efficacité en Phase III en cours pour la prévention du VIH sont réalisés là où l’incidence parmi les femmes est la plus élevée – à savoir l’Afrique subsaharienne. Ces essais concernent les microbicides, les traitements pré-exposition, le virus herpès simplex-2 et les vaccins.

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Mme Catherine Hankins : « La clé est dans la
combinaison des méthodes de prévention. Cela
signifie augmenter les solutions que les femmes et
les jeunes filles peuvent utiliser synergétiquement
à différents moments de leur vie et dans différentes
circonstances afin de se protéger contre le VIH ».

Question : Alors, quelles sont les axes de recherche les plus prometteurs ? Fait-on assez pour trouver des outils de prévention et des traitements efficaces pour les femmes ?

Mme Hankins : le premier rapport attendu (dès 2008) sera celui de l’essai sur le microbicide Carraguard et les essais sur l’herpès simplex-2. D’autres essais sont en cours mais ce sont des procédures à long terme. Les résultats étonnamment intéressants et réguliers des essais sur la circoncision masculine ne se répéteront sans doute pas pour d’autres méthodes de prévention du VIH avec autant d’efficacité. La clé est dans la combinaison des méthodes de prévention. Cela signifie augmenter les solutions que les femmes et les jeunes filles peuvent utiliser synergétiquement à différents moments de leur vie et dans différentes circonstances pour se protéger contre le VIH.

Question : Qu’attendez-vous de cette conférence ?

Mme Hankins : de grands pas vers la définition d’un ordre du jour de la recherche, des recommandations pour les politiques et les actions programmatiques, et une stratégie de plaidoyer.


Nous avons demandé à Mme Kristan Schoultz, Directrice de la Coalition mondiale sur les femmes et le sida, de nous dire comment la situation relative aux femmes et au sida avait évolué depuis la création de la Coalition (en 2004) et ce que la Coalition avait, selon elle, réalisé.

Mme Schoultz : la Coalition mondiale sur les femmes et le sida a travaillé – avec des groupes de femmes et des partenaires à travers le monde – pour que l’on place les questions concernant les femmes à un rang prioritaire dans les ordres du jour des plus importants forums internationaux sur le sida. En 2006, les Etats Membres des Nations Unies ont renouvelé et renforcé leur engagement en faveur d’un élargissement et d’une intensification des ripostes au sida, et d’une lutte contre les difficultés et les obstacles à l’accès, en particulier pour les femmes et les jeunes filles. Les manières dont les inégalités liées au sexe et les dynamiques sexospécifiques affectent les choix et les comportements individuels sont mieux connues et les questions auxquelles les femmes sont confrontées dans un monde affecté par le sida se situent en meilleure place dans le plaidoyer mondial et national. 

Cependant, la situation des femmes et des filles au sein de la riposte au sida reste un sujet de préoccupation majeur. Nous enregistrons une hausse des taux d’infection à VIH parmi les femmes dans certaines régions et les ripostes nationales au sida ne s’attaquent pas encore suffisamment aux difficultés et aux obstacles auxquels les femmes sont confrontées dans leur vie de tous les jours. Il faut plus de travaux concertés pour élaborer des cadres juridiques qui garantissent le respect des droits des femmes, plus de financements pour les programmes concrets qui profitent aux femmes, et une plus grande participation des organisations de femmes aux décisions nationales sur les programmes de lutte contre le sida et les budgets alloués à ce combat.

 

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Mme Kristan Schoultz : « Il faudrait peut-être que
les essais s’intéressent à la situation
socio-économique des femmes et offrent un appui
aux éventuelles participantes ».
Question : Quel sont selon vous les principaux problèmes aujourd’hui concernant les essais sur le VIH et notamment la participation des femmes à ceux-ci ?

 

Mme Schoultz : dans tout essai, il faut s’intéresser à trois questions : sa justification scientifique, sa sécurité et ses avantages pour la communauté. Concernant les femmes, les obstacles sont essentiellement associés à la sécurité et aux avantages. Alors que les femmes représentent une part croissante des cas d’infection à VIH chaque année, elles demeurent sous-représentées dans les essais cliniques sur le VIH qui testent la sécurité et l’efficacité des médicaments. Les médicaments uniquement testés sur des hommes peuvent présenter des dangers pour les femmes. Pour obtenir les données sexospécifiques dont nous avons besoin, les essais vaccinaux devront recruter suffisamment de femmes et d’hommes pour détecter les différences d’effets sur les personnes des deux sexes. Les médicaments ont une action différente sur la chimie féminine et, en outre, les médicaments qui traitent des affections propres aux femmes risquent de ne jamais être testés. D’un point de vue médical, les femmes ne profitent pas autant des avancées technologiques de la médecine. Il y a, aujourd’hui, un plus grand nombre de femmes recrutées dans les essais cliniques. Cependant, beaucoup de facteurs qui limitent l’accès des femmes aux services de santé – les prises de décisions relatives à la santé, leurs responsabilités sociales, la stigmatisation liée à des comportements à haut risque, les menaces de violence – sont les mêmes obstacles qui ne leur permettent pas de participer aux essais cliniques. Des facteurs simples, tels que l’accès physique au lieu de l’étude ou la disponibilité d’une prise en charge des enfants ou de la famille, les empêchent d’y participer. Il faudrait peut-être que les essais s’intéressent à la situation socio-économique des femmes et offrent un appui aux éventuelles participantes.

Il est extrêmement difficile pour les femmes et les adolescentes d’exercer leur autonomie pour participer aux essais. Le processus de recrutement – qui requiert l’obtention d’un consentement éclairé et une protection contre les risques susceptibles de résulter de leur participation à la recherche – se heurte à des normes sociales profondément enracinées qui privilégient largement les hommes. Les approches sexospécifiques sont essentielles lorsque l’on conçoit les procédures de consentement et de recrutement, ainsi que les interventions de réduction des risques dans les essais cliniques sur le VIH.

Question : Que peut apporter la conférence actuelle ?

Mme Schoultz : l’ONUSIDA et la Coalition mondiale sur les femmes et le sida tiennent beaucoup à avoir des informations sur les liens entre sexualité, sexospécificité et traitements du VIH, et sur les complications associées à la conjonction de ces thèmes. Nous espérons que cette réunion approfondira nos connaissances sur ces croisements dans différents domaines de la recherche clinique. Nous espérons que cette réunion aidera à avoir des essais cliniques sur le VIH qui tiennent davantage compte des femmes.

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Mme Julie McHugh : « Vingt-cinq ans d’épidémie
nous ont appris que les femmes et les jeunes filles
sont au cœur de toute riposte efficace contre le
VIH ».

Nous avons demandé à Mme Julie McHugh, Chairman chez Tibotec, de nous dire quelles étaient actuellement les axes les plus prometteurs de la recherche sur le VIH en général et dans sa société en particulier.

Mme McHugh : il y a eu de nouvelles avancées dans le domaine de la lutte contre le sida récemment avec la mise à disposition de nouveaux traitements ayant des barrières à la résistance génétique élevées et une meilleure efficacité et tolérabilité pour les patients. C’est un domaine dans lequel Tibotec est activement engagé. Tout aussi important, le développement de nouvelles technologies et approches qui simplifieront les stratégies de prévention et de traitement – dans les domaines des microbicides et du traitement pré-exposition en particulier. Mais le principal défi pour toute personne concernée par le recul de l’épidémie mondiale de sida est de s’assurer qu’il existe de vrais partenariats entre les communautés, les organismes internationaux, les ONG et le secteur privé pour mettre ces nouvelles avancées à la portée des femmes et des jeunes filles. Mettre en évidence ce besoin urgent est la raison pour laquelle nous participons à ce forum à Genève.

Question : Pensez-vous que l’on investit suffisamment dans la recherche sur le VIH à travers le monde ?

Mme McHugh : d’un côté, on pourrait dire que l’on n’investit jamais assez ou que l’on n’entreprend jamais assez de recherches sur le VIH. Cependant, on a constaté un accroissement significatif des ressources et des engagements au cours des dernières années dans le secteur public et le secteur privé. Ce qu’il nous faut faire, c’est nous assurer que ces ressources sont utilisées le plus efficacement possible – et à nouveau, cela nécessite des partenariats plus éclairés et à plus long terme entre les secteurs.

 

Question : Qu’espérez-vous de cette conférence ?

Mme McHugh : nous voulons sensibiliser davantage les décisionnaires et les chercheurs sur l’importance qu’il y a à placer les femmes et les adolescentes au centre de la recherche sur le VIH. Vingt-cinq ans d’épidémie nous ont appris que les femmes et les adolescentes sont au cœur de toute riposte efficace contre le VIH.



Photos: ONUSIDA/O.O'Hanlon

Liens:

Série de trois reportages présentés sur Internet
Première partie: Respecter les préoccupations en matière d’éthique relatives aux essais VIH
Deuxième partie: Le rôle des femmes dans les essais VIH
Troisième partie: Des experts se réunissent à propos des femmes et des essais VIH

Informations utiles:

En savoir plus sur la recherche biomédicale

Liens externes:

Recherche sur la prévention du VIH: Une chronologie globale (en anglais)

Partenaires:

Coalition mondiale sur les femmes et le sida (en anglais)
Tibotec (en anglais)
Centre international de recherches sur les femmes (ICRW) (en anglais)


Publications:

Considérations éthiques dans le cadre des essais de prévention biomédicale du VIH(pdf, 750 Kb) (en anglais)
Bonnes pratiques en matière de participation – Directives pour les essais de prévention biomédicale du VIH (pdf, 733 Kb) (en anglais)

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