Reportage

S’impliquer, c’est bon pour les affaires

22 janvier 2007

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Bill Roedy, Président de MTV Networks International et Représentant spécial de l’ONUSIDA, s’entretient avec John Tedstrom, Directeur exécutif de la Coalition mondiale des entreprises contre le VIH/sida, la tuberculose et le paludisme, de la participation des médias à la riposte au sida. 

Q. Bill, vous avez un parcours professionnel étonnamment varié – vous avez été officier de carrière dans l’armée des Etats-Unis pendant presque sept ans avant de vous tourner vers la télévision et d’entrer à MTV en 1989. A quel moment le sida a-t-il fait son apparition sur votre radar personnel et pourquoi tant de passion pour cette question ?

R. Le sida a toujours été important pour moi, mais plus important encore, il a toujours été important pour MTV. Nous nous sommes engagés dans cette lutte il y a 25 ans et la raison pour laquelle nous continuons de rechercher de nouveaux moyens de faire passer notre message tient au fait que 40% des nouvelles infections à VIH se produisent chez les moins de 25 ans qui sont notre public de base.

Q. Depuis le début de l’épidémie j’admire la façon dont MTV innove, produisant des messages d’intérêt public sur le VIH, faisant connaître des personnes séropositives aux téléspectateurs et encourageant les jeunes à se protéger et à faire le test. Avez-vous jamais craint que votre compagnie ne subisse le contrecoup de ces prises de positions courageuses ?

R. Non, en fait j’ai toujours estimé que ne rien faire n’entrait même pas en ligne de compte. Utiliser notre réseau mondial pour faire passer des messages de prévention du VIH est l’une des choses les plus importantes que nous puissions faire pour contribuer à cette cause. J’aimerais encourager d’autres compagnies à développer leurs points forts et définir comment elles peuvent à leur tour faire quelque chose. Nous avons tous notre rôle à jouer.


Q. La prise de position très ferme de MTV sur le sida contribue-t-elle à recruter ou conserver des employés ou à amener les personnes appropriées à entrer dans la compagnie ?

R. Bien des études ont montré que le personnel apprécie que son entreprise et la direction s’engagent dans des causes sociales. J’espère que notre implication dans la riposte au sida et dans d’autres domaines, par exemple les droits de l’enfant et l’environnement, constitue un attrait pour les employés actuels ou futurs.

Q. Lors de la dernière Journée mondiale sida, après avoir été avec succès Président du Comité de direction de l’Initiative ‘Médias du monde et sida’ (GMAI) pendant 18 mois, vous avez passé le flambeau à Dali Mpofu. Kofi Annan a fait votre éloge : « Bill Roedy a mobilisé les compagnies de médias partout dans le monde afin qu’elles prennent des engagements sans précédent en faveur de la prévention du VIH par des campagnes et des programmes novateurs. » Expliquez-nous pourquoi les efforts de prévention restent aussi importants.

R. Les efforts de prévention restent importants car la riposte mondiale au VIH et au sida n’est toujours pas à la hauteur de l’épidémie. Quarante millions de personnes sont infectées. La prévention est importante car personne ne devrait contracter le VIH. L’éducation peut prévenir l’infection. Les Nations Unies estiment que des programmes d’éducation efficaces peuvent réduire considérablement les taux d’infection.

Je veux que les médias et les entreprises montrent leur leadership à l’échelle mondiale en éduquant le monde afin de prévenir la propagation du VIH. L’éducation peut aussi atténuer la stigmatisation qui entoure la maladie. Seules des campagnes d’éducation massives et généralisées permettront de contrer la stigmatisation. L’éducation peut anéantir les préjugés et l’ignorance et elle encourage la tolérance.

Q. Lors de la Réunion de haut niveau des Nations Unies sur le sida en juin 2006, vous avez fait une observation intéressante, notant que durant la semaine, 43 000 personnes avaient été infectées par le VIH, mais que ce chiffre n’avait pas entraîné l’intérêt des médias engendré par un nombre analogue de poulets infectés par la grippe aviaire. Craignez-vous que cette tendance à se croire à l’abri du danger affecte la couverture médiatique et rende moins efficace notre riposte à la maladie ?

R. Oui. Les médias ont une tendance à l’autosatisfaction. Les médias ont rapporté bien des souffrances : tremblements de terre, tsunamis et ouragans sans parler de la guerre en Irak et en Afghanistan. Mais il ne faut pas oublier que le nombre de morts dues au sida l’an dernier équivaut à une douzaine de tsunamis asiatiques ou à des douzaines de tremblements de terre.

La réalité, c’est que les niveaux d’infection n’ont pas baissé. Si les traitements permettent de prolonger la vie dans certaines parties du monde, la réalité c’est que dans de nombreuses régions du monde en développement, les taux d’infection à VIH sont en hausse et le sida reste lié à une mort prématurée.


Q. Depuis son lancement en janvier 2004, la GMAI s’est rapidement élargie. Peut-elle encore grandir et si oui, que proposez-vous pour y parvenir ?

R. Oui, on peut toujours s’agrandir et s’améliorer. Nous aimerions que toutes les compagnies de médias y participent. Les occasions qu’ont chacune d’entre elles, grande ou petite, de participer sont infinies. Nous voulons que l’éducation au VIH et l’information relative à la prévention figure dans l’ADN de chaque compagnie de médias.

Et cela vaut aussi pour les publicitaires et chargés des relations publiques, pas seulement pour les producteurs et créateurs. La campagne d’éducation sur le VIH et le sida de MTV ‘Staying Alive’ vient de collaborer avec les plus grandes agences de publicité du monde pour produire des messages de prévention du VIH. Ils ne sont pas seulement diffusés sur le site de MTV et ses plateformes mobiles, mais sont aussi relayés par 35 autres diffuseurs et distributeurs dans le monde.

Nous offrons le matériel de ‘Staying Alive’ gratuitement à tous les diffuseurs, tant et si bien que ce programme touche plus de 90% des 50 pays les plus frappés par le sida.


Q. Que peuvent faire les entreprises extérieures aux médias pour combattre les idées fausses et la stigmatisation qui entourent ceux qui sont infectés et affectés par la maladie ?

R. Il y a du travail pour tout le monde : programmes sur les lieux de travail, programmes extra-institutionnels et communautaires, partenariats locaux. Ce qu’il faut, c’est éviter de réinventer la roue et demander conseil. Il existe des personnes et des organisations vers lesquelles les compagnies peuvent se tourner, par exemple la Coalition mondiale des entreprises contre le VIH/sida, la tuberculose et le paludisme, qui sont en mesure de conseiller et de suggérer des activités dans tous les pays et dans tous les marchés du monde.

Q. Dès sa création, vous avez été un membre important du groupe entourant la Coalition mondiale des entreprises contre le VIH/sida, la tuberculose et le paludisme. En tant que personne qui comprend vraiment pourquoi le sida est une question liée au monde des affaires, comment vous adresseriez-vous à des compagnies qui n’ont pas encore compris que le sida les concerne ?

R. Je dirais que s’impliquer, c’est bon pour les affaires et bon pour le moral du personnel. Cela aide les communautés et permet de manifester son leadership. Les compagnies implantées dans les pays fortement touchés relèvent des améliorations dans la productivité, le moral et la fidélité des employés. La situation s’améliore d’autant plus qu’on peut éviter les infections. Nous sommes tous dans le même bateau.

Bill Roedy
M. Bill Roedy est Vice-Président de la chaîne MTV et Président de MTV Networks International (MTVNI).

Suite à ses nombreux voyages et grâce à son activisme, M. Roedy a été invité à devenir Représentant spécial de l’ONUSIDA (en anglais seulement) en 1998. Il dirige les activités mondiales de MTVNI en vue de promouvoir l’éducation au VIH, de combattre l’autosatisfaction et d’atténuer la stigmatisation qui entoure la maladie, par le biais de la campagne Staying Alive. Sous son leadership, MTVNI a produit des documentaires, des concerts, des talk-shows et des messages d’intérêt général sur le sida qui ont été récompensés.
En avril 2005, Kofi Annan alors Secrétaire général des Nations Unies, a nommé M. Roedy Président du Comité directeur de l’Initiative ‘Médias du monde et sida’ (GMAI) (en anglais seulement). La GMAI a été lancée en 2004 pour encourager les organismes de médias à jouer un rôle plus actif dans la lutte contre le VIH et le sida. Le Comité directeur formule la vision globale et les priorités de la GMAI et soutient la création de campagnes et de partenariats locaux, régionaux et mondiaux entre les médias.
M. Roedy a également été Président de la Coalition mondiale des entreprises (GBC) contre le VIH et le sida entre 2000 et 2002. En 2002, le Président Bill Clinton, au nom de la GBC et de l’International AIDS Trust, lui a remis l’Award for Business Excellence en remerciement de son exceptionnelle contribution. En novembre 2004, M. Roedy a accepté l’International Emmy Founders Award lors de la 32ème cérémonie des Emmy Awards, pour avoir révolutionné la musique à la télévision et pour son soutien à la lutte contre le sida dans le monde. 
La Coalition mondiale des entreprises contre le VIH/sida, la tuberculose et le paludisme (GBC – en anglais seulement) mobilise les entreprises internationales contre le VIH/sida et a récemment ajouté la tuberculose et le paludisme à son mandat. L’alliance en rapide expansion regroupe 220 compagnies internationales et se consacre à la lutte contre ces épidémies en s’appuyant sur les compétences et l’expérience uniques du monde des affaires. Point focal officiel de la délégation du secteur privé au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, la GBC a des bureaux à New York, Paris, Genève, Johannesburg, Nairobi, Moscou, Kiev et Beijing. En août 2006, l’organisation a entamé une fusion avec Transatlantic Partners Against AIDS (TPAA – en anglais seulement) en vue de renforcer l’engagement des entreprises en Europe orientale et dans la CEI.




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