Communiqué de presse

Le déplacement des priorités scientifiques et sanitaires et la récession économique mondiale : Répercussions sur les investissements en R&D pour la prévention du VIH

Un nouveau rapport fait état de la première baisse de la décennie dans les investissements en recherche et développement d’un vaccin contre le VIH 

20090720_r_d_200.jpg

Un nouveau rapport sur les investissements alloués à la recherche sur la prévention du VIH en 2008 constate que les niveaux de financement pour la recherche d’un vaccin contre le VIH ont baissé pour la première fois depuis que les tendances des investissements font l’objet d’un suivi. Ceci pourrait avoir été influencé par les déplacements des priorités scientifiques, le déclin de l’économie et les priorités qui se font concurrence dans l’agenda de la santé mondiale au sens large. Malgré cette diminution, la tendance globale depuis 2000 est à l’augmentation des investissements dans les stratégies biomédicales expérimentales de prévention.

Le rapport, intitulé Adapting to Realities: Trends in HIV Prevention Research Funding 2000 to 2008 (S’adapter aux réalités : tendances du financement de la recherche sur la prévention du VIH de 2000 à 2008), a été lancé lors de la 5ème Conférence de la Société internationale du sida sur la pathogenèse, le traitement et la prévention du VIH au Cap, en Afrique du Sud, par le Groupe de travail sur le suivi des ressources pour les vaccins contre le VIH et les microbicides.

Le rapport a identifié des investissements de près de US$ 1,2 milliard pour la recherche sur la prévention du VIH en 2008, dont US$ 868 millions pour l’appui à la recherche et au développement (R&D) de vaccins, et US$ 244 millions pour soutenir la R&D de microbicides, tandis que la R&D d’autres moyens de prévention du VIH bénéficiait de niveaux de financement beaucoup plus faibles. La recherche sur les vaccins contre le sida a diminué pour la première fois depuis 2000, chutant de 10% par rapport aux niveaux de 2007. Parallèlement, le financement tant pour les microbicides que pour la prophylaxie pré-exposition (PrEP) a augmenté respectivement de 8% et 13%.

Le financement alloué à la recherche sur la prévention du VIH représente toujours un pourcentage relativement faible de la riposte globale au VIH/sida. Un rapport récent publié par la Kaiser Family Foundation et l’ONUSIDA a indiqué que les engagements de la part des pays industrialisés en faveur des programmes de traitement et de prévention du VIH/sida se montaient à US$ 8,7 milliards en 2008, soit une augmentation de US$ 6,6 milliards par rapport à l’année précédente.

« La recherche pour la mise au point de nouveaux outils et stratégies de prévention du VIH est essentielle afin d’éviter les nouvelles infections, et le vaccin contre le VIH représente le plus grand espoir de mettre un terme à l’épidémie, » a déclaré Michel Sidibé, Directeur exécutif de l’ONUSIDA. « Il est de toute importance que les investissements dans la recherche pour la prévention du VIH soient maintenus et accrus aussi longtemps qu’il le faudra pour atteindre ces objectifs. »

Le Groupe de travail sur le suivi des ressources a identifié la nécessité pressante, en cette période de déplacement des priorités budgétaires et d’incertitudes économiques pour le domaine de la recherche sur la prévention du VIH, de définir les besoins en financement et de mettre en place des plans scientifiques permettant d’orienter les décisions liées à la recherche. Ces mesures veilleront à éviter le chevauchement des activités et feront en sorte que le financement soit efficacement relié aux priorités scientifiques.

« Au cours de la dernière décennie, l’appui et l’intérêt pour la recherche sur la prévention du VIH émanant des financeurs publics, privés et philanthropiques ont permis de soutenir les priorités clés de la recherche et du développement, fait avancer les choses et nous ont rapprochés des nouvelles options pour la prévention du VIH, » a déclaré Mitchell Warren, Directeur exécutif de l’AVAC. « Nous sommes confrontés à des défis énormes – tant scientifiques qu’économiques – pour les années à venir, mais nous devons maintenir la dynamique que nous avons acquise. Nous avons besoin de l’appui indéfectible de toute une gamme de financeurs. L’épidémie ne montre aucun signe de ralentissement, et la quête désespérée de nouvelles options pour la prévention du VIH ne changera pas. »

Les niveaux de financement en 2008 ont reflété les principaux changements intervenus dans le domaine de la recherche sur la prévention du VIH. L’interruption à la fin de 2007 des essais vaccinaux Step et Phambili portant sur un candidat vaccin mis au point par Merck, a mis fin à l’un des seuls partenariats des sociétés pharmaceutiques pour la recherche et le développement de vaccins anti-VIH. Ce ralentissement de la participation de l’industrie se traduit par une baisse des niveaux de financement en provenance de l’industrie en 2008. Cette année-là, les sociétés pharmaceutiques et de biotechnologie représentaient 4% seulement du financement consacré à la recherche sur les vaccins contre le VIH. Les niveaux étaient encore plus faibles à travers d’autres priorités de la recherche sur la prévention du VIH. Néanmoins, le secteur commercial contribue à la recherche sur la prévention du VIH de plusieurs manières par le biais de l’appui des sociétés pharmaceutiques. Plusieurs compagnies ont fourni des composés antirétroviraux pour la mise au point de microbicides potentiels, ou de PrEP par voie orale, ainsi qu’un soutien technique aux organismes chargés du développement de produits microbicides.
« La crise économique mondiale a alimenté les débats sur la meilleure manière d’investir dans la santé mondiale, certains interlocuteurs soutenant que le sida détourne des ressources au détriment des activités qui devraient être consacrées à d’autres maladies et destinées à améliorer les systèmes de santé dans le monde en développement. Mais étant donné que le sida est le tueur numéro un en Afrique subsaharienne et le numéro quatre dans le monde, il est impératif que nous inversions le cours cette pandémie, et ceci ne peut se faire qu’à l’aide de meilleures méthodes de prévention, notamment d’un vaccin, » a déclaré Seth Berkley, PDG de l’Initiative internationale pour un vaccin contre le sida.

Il importe de noter que la recherche et le développement d’un vaccin anti-VIH continuent d’avancer. Aujourd’hui même, l’Initiative sud-africaine pour un vaccin contre le sida a annoncé le lancement d’un essai pour l’étude d’un candidat vaccin mis au point par des chercheurs locaux sud-africains. On attend, cette année également, les résultats de l’essai vaccinal le plus étendu qui ait jamais été mené, et qui a recruté avec succès plus de 16 000 participants. En outre, des chercheurs partout dans le monde mettent au point de nouvelles approches en matière de vaccins et mènent des recherches fondamentales pour éclairer le développement de vaccins.

Le rapport souligne que l’accroissement des investissements en recherche et développement de microbicides peut traduire l’intérêt accru pour la recherche sur des candidats à base d’antirétroviraux. Les investissements pour les microbicides ont augmenté de manière générale au même titre que le domaine intensifiait son accent sur les approches à base d’antirétroviraux pour la mise au point de microbicides.
«  Le financement accru alloué à la recherche et au développement de microbicides au cours de la dernière décennie a favorisé une importante expansion dans ce domaine ; des essais cliniques de candidats microbicides ont été menés dans 27 pays à travers le monde ; et des recherches pré-cliniques ont permis d’obtenir des informations scientifiques importantes. L’appui des financeurs publics, privés et philanthropiques est essentiel pour l’intensification de la recherche et du développement de nouveaux candidats microbicides, » a déclaré Polly Harrison, Directrice de l’Alliance pour le développement de microbicides.

Le Gouvernement des Etats-Unis a été une fois de plus le premier financeur de la recherche sur la prévention du VIH, apportant son soutien à 71% de la R&D de vaccins contre le VIH, 63% de la R&D de microbicides, et fournissant 46% des fonds pour la recherche sur la PrEP en 2008.

Une diminution des investissements des Instituts nationaux de la santé aux Etats-Unis a contribué à la baisse générale du financement alloué à la recherche et au développement de vaccins contre le VIH. Les investissements du Gouvernement des Etats-Unis ont chuté de US$ 39 millions, soit une baisse de 6%. D’autres gouvernements ont également diminué leur financement de la recherche sur les vaccins anti-VIH en 2008 : le financement des gouvernements européens a baissé de 13% et le financement total provenant d’autres pays (notamment l’Afrique du Sud, le Brésil, le Canada, l’Inde et la Thaïlande) a diminué de 16%.

Les auteurs du rapport mettent en garde que s’il est trop tôt pour attribuer l’ensemble des baisses du financement à la crise économique, on craint qu’une récession mondiale prolongée n’ait des répercussions majeures sur l’investissement public pour tous les programmes de lutte contre le VIH/sida. Un rapport récent de l’ONUSIDA et de la Banque mondiale a indiqué que la crise économique avait déjà affecté les niveaux du financement alloué aux programmes de traitement et de prévention dans certains pays en développement.

Le Groupe de travail a également fait rapport sur les investissements dans la recherche opérationnelle liée à des interventions biomédicales pour la recherche sur la prévention du VIH – la circoncision médicale masculine et les antirétroviraux pour la prévention de la transmission verticale du VIH de la mère à l’enfant. Ces activités sont financées à des niveaux bien plus faibles que d’autres travaux sur la prévention du VIH, avec US$ 11 millions pour soutenir la recherche liée à l’introduction de la circoncision masculine et US$ 21 millions à l’appui de la recherche opérationnelle sur la prévention de la transmission verticale.

Groupe de travail sur le suivi des ressources pour les vaccins contre le VIH et les microbicides

Le Groupe de travail sur le suivi des ressources pour les vaccins contre le VIH et les microbicides a été établi en 2004 pour générer et diffuser des données de haute qualité, détaillées et comparables sur les investissements annuels en recherche et en développement (R&D) de vaccins préventifs contre le VIH et de microbicides, et des activités politiques et de plaidoyer. Ces données peuvent être utilisées pour suivre les niveaux actuels des efforts ; identifier les tendances des investissements, des dépenses et des objectifs de la recherche ; définir les domaines nécessitant davantage de ressources et d’efforts ; évaluer les répercussions des politiques publiques visant à accroître les investissements dans les nouvelles technologies de prévention ; et fournir une base de faits pour le plaidoyer politique en matière d’investissements et d’allocations liées à la recherche et au développement.

Le Groupe de travail comprend la Coalition pour le plaidoyer en faveur du vaccin contre le sida (AVAC), l’Alliance pour le développement de microbicides (AMD), l’Initiative internationale pour un vaccin contre le sida (IAVI) et le Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida (ONUSIDA).

Centre de presse

Téléchargez la version imprimable (PDF)


Région/pays