Reportage

L’Art source d’inspiration

07 décembre 2007


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Pendant l’étape rwandaise du voyage, Jonathan a
rencontré Margaret, qui est devenue non
seulement le sujet de ses photos — et par
conséquent partie de la collection Art et sida --
mais aussi source d’inspiration pour sa vie.

En février 2006, Jonathan Torgovnik, photographe de renommée mondiale, s’est rendu au Kenya, en Tanzanie et au Rwanda pour faire un reportage pour la revue Newsweek sur les 25 années de sida telles que les a le Dr. Peter Piot, Directeur exécutif de l’ONUSIDA. Pendant l’étape rwandaise du voyage, Jonathan a rencontré Margaret, qui est devenue non seulement le sujet de ses photos—et par conséquent partie de la collection Art et sida—mais aussi source d’inspiration pour sa vie. Dans une interview spéciale pour la série Art et sida, Jonathan raconte sur www.unaids.org son histoire.

Dites-nous ce qui s’est passé au Rwanda

En février 2006, Newsweek m’a envoyé en Afrique de l’Est pour un numéro spécial sur le 25e anniversaire de l’épidémie de sida. Avec Geoff Cowley (le correspondant médical de Newsweek), nous avons sillonné le Kenya, la Tanzanie et le Rwanda – la plupart du temps sur les pas de Peter Piot, étant donné qu’il s’agissait de décrire ces 25 années à travers ses yeux et son vécu. Dans chacun des pays où nous sommes allés, nous avons rendu visite à des personnes vivant avec le VIH. Au Rwanda, au cours d’une interview, nous avons rencontré une femme du nom de Margaret. Elle a survécu au génocide, mais elle a été violée et a contracté le VIH. Nous avons aussi appris que du viol un enfant était né et qu’il était sans doute lui aussi séropositif. Margaret nous a fait part de ce qui lui était arrivé. Je n’avais jamais rien entendu d’aussi terrible. Le niveau de brutalité et de violence sexuelle qu’elle a eu à subir est inimaginable, sans parler du souvenir du massacre de toute sa famille. Il y avait tant de niveaux multiples de traumatisme par lesquels elle a dû passer et continue à passer 13 ans après.


Qu’avez-vous été amené à faire?

Son histoire m’a paru inimaginable, et j’ai voulu en savoir plus sur les enfants nés du viol et sur ce qu’ils deviennent. J’ai donc mené une enquête et appris qu’on estimait à 20 000 le nombre d’enfants nés de viols durant le génocide. J’ai décidé de retourner à plusieurs reprises et de rendre compte de l’histoire de ces femmes et de ces enfants en paroles et en images, afin de leur permettre de se faire entendre. Deux tiers des femmes que j’ai interviewées ont aussi contracté le VIH de leurs violeurs. Et du fait de la stigmatisation qui entoure le viol et le VIH, ces femmes et leurs enfants sont souvent totalement exclus de la communauté. Toutes les femmes à qui j’ai parlé – une trentaine à ce jour— pensent que l’avenir de leurs enfants est des plus sombres. Je leur ai demandé ce qu’elles feraient pour eux si elles en avaient les moyens, et elles ont toutes dit qu’elles feraient en sorte qu’ils aient une éducation. J’ai donc décidé de créer une fondation et récolter de l’argent pour payer les frais de scolarité de ces enfants.


 

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Certaines des photographies prises par Jonathan
Torgovnik au cours de sa mission au Kenya, au
Rwanda et en Tanzanie font partie de l’exposition
ART et sida de l’ONUSIDA.
Voilà donc la genèse de ‘Fondation Rwanda’, pouvez-vous nous en dire plus sur la fondation?

Nous recueillons des fonds en diffusant l’histoire de ces femmes – nous les faisons paraître dans des magazines de grande diffusion et nous sollicitons des dons. Nous avons reçu des dons importants après la parution d’articles en Allemagne, en Espagne et au Royaume-Uni. Le public allemand s’est montré particulièrement généreux. Mobiliser les média et publier les récits – faire entendre la voix des femmes – est efficace à tous points de vue. Nous parvenons à atteindre des millions de personnes à qui nous faisons connaître cette situation, et nous mentionnons la fondation dans l'espoir de recevoir des dons de la part des lecteurs.


Est-il vrai que l’un des portraits que vous avez fait au Rwanda vient de remporter un prix prestigieux?

C’est exact, le prix annuel de la National Portrait Gallery du Royaume-Uni! J’ai soumis quelques-unes de mes photos et c’est l’un des portraits que j’ai fait au Rwanda qui a eu le premier prix parmi les 7000 œuvres qui ont pris part au concours. C’est une merveilleuse consécration pour moi en tant que photographe, mais c’est aussi une bonne occasion de sensibiliser le public et de diffuser largement les récits. Quand j’ai reçu le prix, la BBC par exemple a repris l’histoire, ce qui a contribué à sa diffusion.


En quoi cette expérience vous a-t-elle changé?

Ce projet a changé ma vie – aucun sujet ou projet auquel j’ai contribué ne m’a jamais donné un tel sentiment de mission à accomplir, aussi bien sur le plan artistique qu’humain. Et maintenant, ce qui m’intéresse particulièrement c’est de couvrir ce genre de questions. Ce voyage avec le Dr Piot, ce que j’ai appris de lui et de sa vie, et son dévouement sans faille à la lutte contre le sida, m’ont réellement incité à continuer à travailler sur ce sujet.


Certaines des photographies prises par Jonathan Torgovnik au cours de sa mission au Kenya, au Rwanda et en Tanzanie font partie de l’exposition ART et sida de l’ONUSIDA.




Liens:
Se rendre sur le site de la Fondation Rwanda

Ecouter l’entretien avec le sculpteur Mike Munyaradzi (en anglais)
Lire le reportage – Art africain contemporain et sida
Lire le reportage – Le Secrétaire général visite le nouveau bâtiment de l’ONUSIDA à Genève (en anglais)

Série en trois parties sur l'Art et le sida:
Partie 1: Art et sida: quand les mots ne suffisent pas
Partie 2: Art et sida: Paroles d’un sculpteur
Partie 3: L’Art source d’inspiration

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