Reportage

Les femmes et la recherche sur le VIH

11 décembre 2007

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Lors d’une réunion à l’ONUSIDA à Genève, des
experts de la santé ont indiqué que des obstacles
socioculturels empêchaient encore les femmes de
participer à des essais sur le VIH en nombre
suffisant, alors que l’on en sait trop peu sur les
effets des différences biologiques entre les sexes
dans des domaines tels que l’impact des
médicaments du VIH.

Les femmes et les adolescentes sont en première ligne face à l’épidémie de sida, mais pour qu’elles obtiennent les traitements spéciaux, les stratégies de prévention du VIH et les protections dont elles ont besoin, il faut mettre en place une riposte multidisciplinaire et diversifiée – idée partagée par des spécialistes des domaines de la médecine, de la santé et des questions socio-économiques.

Lors d’une réunion à l’ONUSIDA à Genève, des experts de la santé venant d’agences internationales, d’organisations non gouvernementales (ONG), d’instituts de recherche et du secteur privé ont indiqué que des obstacles socioculturels empêchaient encore les femmes de participer à des essais sur le VIH en nombre suffisant, alors que l’on en sait trop peu sur les effets des différences biologiques entre les sexes dans des domaines tels que l’impact des médicaments du VIH.

Le lundi 10 décembre, à l’issue des deux premiers jours de discussion, Mme Kristan Schoultz, Directrice de la Coalition mondiale sur les femmes et le sida, a déclaré que les délégués avaient réalisé un examen minutieux des obstacles et des difficultés, et que le moment était venu de commencer à mettre en avant des propositions pour les solutions.

« Je pense que nous avons cerné certains des obstacles auxquels nous sommes confrontés et il nous faut (maintenant) tirer de toutes ces analystes le moyen de les surmonter » a-t-elle indiqué.

La solution va au-delà d’une stricte interprétation du thème de la conférence ‘Making HIV Trials Work for Women and Girl Adolescents’ et devrait inclure des changements économiques et sociaux pour s’attaquer aux facteurs contextuels, tels que la pauvreté et l’autonomisation.

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« Nous devons mettre en évidence les différences
entre les sexes et les différences sexospécifiques.
L’appartenance à un sexe induit aussi des
questions sociales, culturelles et économiques par
opposition à des questions d’ordre simplement
biologique » a déclaré Geeta Rao Gupta,
Présidente du Centre international de recherches
sur les femmes (CIRF).

« Nous devons mettre en évidence les différences entre les sexes et les différences sexospécifiques. L’appartenance à un sexe induit aussi des questions sociales, culturelles et économiques par opposition à des questions d’ordre simplement biologique » a déclaré Geeta Rao Gupta, Présidente du Centre international de recherches sur les femmes (CIRF).

Bien que les femmes représentent environ 50 % des personnes infectées par le VIH à travers le monde, ce chiffre se situe aux alentours de 60 % en Afrique subsaharienne, et dans certaines minorités ethniques des pays développés, les femmes représentent un pourcentage démesuré. Dans certaines parties de l’Afrique australe, les adolescentes ont quatre fois plus de risques d’être infectées par le virus que les garçons du même âge.

Pendant très longtemps après que l’on ait pris conscience de l’existence du sida au début des années 80, la recherche médicale a continué d’être essentiellement axée sur les hommes. Les essais cliniques faisant participer des femmes en âge de procréer avaient été interdits aux Etats-Unis à la fin des années 70, notamment en raison des scandales liées à la thalidomide, et cette interdiction n’a pas été levée avant le début des années 90. En outre, l’épidémie était à l’origine essentiellement considérée comme une maladie affectant les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes.

« Le fait que la recherche actuelle mette l’accent sur les microbicides destinés aux femmes illustre clairement à quel point les priorités ont évolué » a déclaré Mme Roberta Jean Black, chef d’équipe de la recherche sur les microbicides tropicaux du U.S. National Institutes of Health.

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« Le fait que la recherche actuelle mette l’accent
sur les microbicides destinés aux femmes illustre
clairement à quel point les priorités ont évolué » a
déclaré Mme Roberta Jean Black, chef d’équipe de
la recherche sur les microbicides tropicaux du U.S.
National Institutes of Health.

« Certaines des inégalités étaient seulement imputables à une méconnaissance de la maladie et de son évolution… Nous avons su réagir mais le travail n’est pas terminé » a-t-elle ajouté.

« La stratégie existante n’a pas été conçue en tenant compte du pourcentage de femmes infectées. Cette situation manque d’équité » a déclaré Mme Julie McHugh, Présidente du département Virologie de la société Tibotec.

Nous devons en apprendre davantage sur l’évolution du VIH chez les femmes.

« Nous cherchons des réponses pour les femmes. Nous avons désormais des femmes ménopausées infectées par le VIH et nos connaissances sur cette question sont nulles » a indiqué Mme Heidi Nass, Directrice, Plaidoyer pour l’éducation et les politiques, Programme de soins du VIH, Université du Wisconsin. « Nous avons revu la liste (des choses à faire) un million de fois, ce serait vraiment bien qu’on se mette à agir » a-t-elle ajouté.


Des lacunes au niveau des connaissances

Les participants ont reconnu qu’il y a de nombreuses lacunes au niveau des connaissances du VIH et de la manière dont il évolue chez les femmes et des différences liées à la sexospécificité. Par exemple, le niveau des cellules T4 a tendance à être plus élevé chez les femmes, et cependant, cela ne semble pas avoir d’impact significatif sur l’évolution de la maladie. 

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En majorité, les essais ne sont pas conçus pour
détecter s’il y a des différences d’effets entre les
hommes et les femmes. « Nous devons donc nous
fier à des essais de sécurité des pays du nord
(riches et développés) et réalisés sur des hommes »
a indiqué Mme Catherine Hankins, Conseiller
scientifique en chef auprès de l’ONUSIDA.

Mais la différence peut conduire à des retards dans le calendrier des traitements pour les femmes. Concernant la transmission mère-enfant du VIH (TME), cela peut avoir pour résultat malheureux que des femmes qui ne sont pas considérées comme malades, et donc non traitées, sont beaucoup plus susceptibles d’infecter leur enfant que celles qui étaient incluses dans le seuil de traitement.

En majorité, les essais n’ont pas été conçus pour détecter s’il y a des différences d’effets entre les hommes et les femmes. « Nous devons donc nous fier à des essais de sécurité des pays du nord (riches et développés) et réalisés sur des hommes » a indiqué Mme Catherine Hankins, Conseiller scientifique en chef auprès de l’ONUSIDA.

Il y a des documents qui indiquent aussi que certains traitements présentent une toxicité élevée pour les femmes. La Nevirapine, par exemple, peut produire de l’urticaire et des affections hépatiques. La toxicité peut être l’une des raisons pour lesquelles les femmes ont tendance à abandonner les essais plus souvent que les hommes et représente un autre domaine dans lequel il faut entreprendre davantage de recherches.


Différences biologiques

Même s’il n’y a pas d’effets secondaires, il est possible que les traitements existants ne constituent pas la meilleure manière de s’attaquer au VIH chez les femmes. Les femmes sont biologiquement différentes, elles ont donc besoin d’une recherche spécifique.

Les femmes vivant dans les pays plus pauvres peuvent être confrontées à une multitude d’obstacles pour participer à des essais cliniques. Elles peuvent craindre que cela veuille dire aux yeux des autres qu’elles sont malades et les conduise à être stigmatisées, elles pourraient devoir demander la permission à leur partenaire ou famille – les personnes exposées au risque étant pour la plupart engagées dans des partenariats à long terme – et elles peuvent ne pas vouloir utiliser de contraception ou avoir peur pour leur fertilité future.

La circoncision masculine n’apporte aucune protection aux femmes, et ce, même si celle-ci pourrait présenter des avantages secondaires pour elles. Nous devons quoi qu’il en soit développer nos connaissances.


Une question globalement difficile

L’ensemble de la question des essais pour les adolescentes est un vrai casse-tête. Il est même difficile d’établir une définition standard de ce qu’est une adolescente.

« Les communautés sont très circonspectes vis-à-vis de la participation des jeunes filles aux essais de peur qu’ils ne promeuvent l’activité sexuelle » a déclaré Gita Ramjee, Directrice du HIV/AIDS Lead Programme and HIV Prevention Research Unit, South African Medical Research Council.

Résumant les évolutions nécessaires pour aider les femmes et les adolescentes, Mme Isabelle de Zoysa, Conseillère principale sur le VIH/sida à l’Organisation mondiale de la Santé, a déclaré : « Nous cherchons comment passer d’une situation qui ne tient pas compte de la sexospécificité à une situation qui en tient compte et, ultérieurement, à une transformation des rapports entre les sexes ».

La conférence intitulée ‘Making HIV Trials Work for Women and Adolescent Girls’ a eu lieu à Genève les 10 et 11 décembre 2007. Elle a été coparrainée par l’ONUSIDA, la Coalition mondiale sur les femmes et le sida, le Centre international de recherches sur les femmes (CIRF) et la société Tibotec.



Photos: ONUSIDA/O.O'Hanlon

Liens:

Première partie : Respecter les préoccupations en matière d’éthique relatives aux essais VIH
Deuxième partie : Le rôle des femmes dans les essais VIH
Troisième partie : Des experts se réunissent à propos des femmes et des essais VIH

Plus d’informations sur la recherche biomédicale
Recherche sur la prévention face au VIH: Un calendrier complet (en anglais)
Coalition mondiale sur les femmes et le sida (en anglais)
Tibotec (en anglais)
Centre international de recherche sur les femmes (ICRW) (en anglais)

Publications:

Considérations éthiques au sujet des essais biomédicaux de prévention face au VIH(pdf, 750 Kb) (en anglais)
Bonnes directives de pratiques participatives pour les essais sur la prévention face au VIH (pdf, 733 Kb) (en anglais)

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