Reportage

Zackie Achmat : ‘S’unir pour prévenir le VIH’

25 mai 2007

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En 2006, l’ONUSIDA s’est réuni avec des représentants de la société civile, des militants pour l’accès au traitement, des responsables du secteur privé et des gouvernements afin d’appeler la communauté mondiale à mobiliser une alliance pour intensifier les efforts de prévention du VIH autour du slogan ‘S’unir pour prévenir le VIH’ (Uniting for HIV Prevention).

L’un des principaux partenaires présent dès le début, la Treatment Action Campaign (TAC), continue de militer pour la prévention du VIH afin de stopper l’accroissement des taux d’infection et conserver les acquis de la riposte au sida, à savoir l’augmentation du nombre de personnes recevant un traitement VIH. Le fondateur et président de la TAC, le célèbre militant Zackie Achmat, nous fait part ici de ses idées sur les raisons pour lesquelles l’initiative ‘S’unir pour prévenir le VIH’ est essentielle pour assurer la pérennité de la riposte au sida ainsi que pour les systèmes de santé, les communautés et la société en général.

 

Pourquoi pensez-vous que ‘S’unir pour prévenir le VIH’ soit nécessaire ?

L’infection à VIH écourte la durée de vie des personnes touchées, influence leur qualité de vie et détériore les relations familiales et sociales ; elle a aussi des répercussions sur des enjeux plus vastes comme l’économie. Dans notre pays [l’Afrique du Sud], tous les jours plus de 1 000 personnes sont infectées et plus de 900 meurent de maladies liées au sida. Rien que de ce point de vue, si l’on n’élargit pas la prévention de manière efficace, nous connaîtrons une augmentation du taux de décès, un développement de la maladie et une fragilisation de la société qui vont de pair avec la propagation du VIH.

 

Qui, selon vous, doit participer à cette action ?

Pendant de nombreuses années, les efforts ont été concentrés sur ceux qui sont affectés par le sida – et, très franchement, ces personnes en ont entendu plus qu’il n’en faut sur la prévention. La prévention doit toucher des millions d’autres personnes et nous devons nous demander comment sensibiliser ces nouvelles personnes – comment s’assurer le concours des religieux, des syndicats, des chefs traditionnels, des tradipraticiens, des banquiers ? Il nous faut regarder au-delà des communautés VIH habituelles.

Parallèlement, les personnes vivant avec le VIH n’ont jamais été invitées à participer aux efforts de prévention alors qu’elles devraient en être le fer de lance et apporter leur point de vue tout particulier sur cette question.

 

On entend souvent dire que militer pour la prévention risque de concurrencer les appels en faveur de l’accès au traitement – qu’en pensez-vous ?

Le traitement nous a offert une occasion inégalée d’élargir la prévention. Il s’est avéré efficace et les gens qui sont affectés par le VIH l’ont compris et ont commencé à s’attaquer aux obstacles au traitement. Il y a très peu de personnes qui comprennent les obstacles à l’accès à la prévention et c’est là qu’il faut maintenant agir.

Je pense que le traitement et la prévention se renforcent fort bien mutuellement. A mon avis, la chose la plus scandaleuse est qu’un très grand nombre de programmes de thérapie antirétrovirale omettent un élément primordial de la prévention, à savoir la fourniture de six préservatifs par semaine qui devraient faire partie de l’ensemble des mesures.

 

Alors, peut-on dire que ceux qui militent pour un accès au traitement ont aussi un rôle important à jouer dans l’initiative ‘S’unir pour prévenir le VIH’ ?

Je pense qu’ils ont probablement le rôle le plus important car nous connaissons le coût du traitement et les coûts futurs que cela induira si la prévention ne fait pas l’objet d’un élargissement et d’une intensification massifs. Si l’on prend l’Afrique du Sud, par exemple, cela va coûter au pays près de 5 milliards de dollars par an d’ici 10 ans, rien que pour les traitements. C’est là une somme considérable et, à long terme, les familles et les systèmes de santé ne pourront pas faire face. Nous ne voulons pas vivre dans une situation d’urgence sanitaire permanente au sein de nos systèmes de soins et de notre société. Ainsi, je pense que ceux qui militent pour l’accès au traitement devraient mieux comprendre à quel point il est nécessaire d’élargir et d’intensifier la prévention.

 

Si vous aviez un message à faire passer concernant l’initiative ‘S’unir pour prévenir le VIH’, quel serait-il ?

J’aimerais en faire passer deux, premièrement, intensifier sans tarder la prévention de la transmission mère-enfant. Il est regrettable que nous ayons laissé passer l’occasion qui nous avait été donnée d’intensifier les soins de santé et les services prénatals pour toutes les femmes. Deuxièmement, tout le monde doit prendre conscience qu’il ne s’agit pas d’un combat à court terme et qu’il nous faut donc tous nous préparer à une lutte de longue haleine en lisant, en étudiant et en agissant en fonction des connaissances que nous acquérons, et ce, de toute urgence.




Liens:

Ecouter des extraits de l’entretien avec Zackie Achmat (en anglais)

Davantage d’informations sur ‘S’unir pour prévenir le VIH’

Read Press Release: Uniting for Prevention ( en | es | fr | ru ) (pdf, 38.6 KB | 50.5 KB | 58.8 KB | 171 KB)

Consulter le site Internet de la Treatment Action Campaign (TAC) (en anglais)

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