Sommet des personnes vivant avec le VIH 2008

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Reportage

Sommet des personnes vivant avec le VIH 2008

31 juillet 2008

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Deborah Williams, Présidente du Réseau
mondial des Personnes vivant avec le
VIH et le sida (à gauche) et le Dr Peter
Piot, Directeur exécutif de l’ONUSIDA
durant l'ouverture de 'Living 2008'
Photo : ONUSIDA/Agencialibre Fotografía

350 militants et leaders mondiaux séropositifs venus de 88 pays se sont réunis afin d'examiner un ensemble varié de problématiques qui jalonnent la riposte au sida et qui ont des répercussions sur les personnes vivant avec le VIH à travers le monde.
Lire le communiqué de presse d'ouverture (pdf, 103 Kb) (en anglais)
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Mme Kate Thomson est Responsable des
Partenariats avec la société civile à
l’ONUSIDA.

30 juillet 2008

Mme Kate Thomson est Responsable des Partenariats avec la société civile à l’ONUSIDA. Elle milite contre le sida depuis plus de vingt ans – Kate a commencé au Royaume-Uni, où elle a contribué à créer la première organisation de femmes séropositives – puis a ensuite travaillé au niveau international avec les conférences internationales de personnes vivant avec le VIH, le Réseau mondial des personnes vivant avec le VIH/sida (GNP+) et la Communauté internationale des femmes vivant avec le VIH/sida (ICW). Elle est également membre fondatrice d’UN+. 

En anticipation du Sommet des personnes vivant avec le VIH, qui débutera à Mexico le 31 juillet, le site unaids.org a demandé à Kate de parler de l’évolution du rôle de leadership de la communauté mondiale des séropositifs et des principaux problèmes actuels.

Kate, vous militez contre le sida depuis de nombreuses années, quels progrès avez-vous constaté au fil du temps ?

Les changements ont été phénoménaux. Lorsque j’ai commencé à m’engager au début de 1987, il y avait beaucoup moins d’espoir. Les militants séropositifs étaient bien moins nombreux et la grande majorité d’entre eux étaient des homosexuels des pays du Nord – il n’y avait pratiquement pas de femmes séropositives engagées. Nous étions déterminés à faire quelque chose – à poser des questions et à exiger des réponses, à faire pression pour obtenir des services, un appui, une recherche scientifique meilleurs et un traitement qui soit efficace, à faire pression pour avoir des politiques nous protégeant contre la discrimination et les violation des droits de l’homme dont nos amis souffraient quotidiennement. Cela est toujours vrai pour de nombreuses personnes vivant avec le VIH à travers le monde.

Toutefois, pour les plus fortunés et les relativement peu nombreux d’entre nous qui sont toujours vivants, nous pouvons voir les résultas de notre militantisme, recevoir les services pour lesquels nous nous sommes battus et devenir de plus en plus investis pour créer des politiques dans nos pays et à travers le monde. En outre, au fil des années, nous avons vu plus de militants des pays du Sud s’engager dans le plaidoyer mondial. Organiser les conférences de personnes vivant avec le VIH en dehors d’Europe a été une étape importante pour reconnaître et encourager ce processus.

La Session extraordinaire de l’Assemblée générale des Nations Unies sur le VIH/sida (UNGASS) de 2001 et la Déclaration d’engagement ont fourni à nos communautés un outil pour responsabiliser nos gouvernements et exprimé haut et fort la nécessité de créer des partenariats avec les personnes vivant avec le VIH et d’autres groupes de population clés. La mise en place du Fonds mondial nous a donné les moyens de mobiliser et de distribuer des montants beaucoup plus importants pour lutter contre le sida (et la tuberculose et le paludisme) que ceux que nous aurions pu imaginer un peu plus tôt.

L’essentiel des actions militantes que l’on fait se situent sur le terrain et celles-ci sont rarement reconnues au niveau international ou prises en compte pour orienter les discussions sur les politiques mondiales. C’est l’une des plus grandes faiblesses et difficultés auxquelles le mouvement mondial des personnes vivant avec le VIH est confronté. Renforcer ces liens entre les niveaux local, régional et mondial est quelque chose qui continuera d’être une difficulté permanente pour les réseaux de personnes vivant avec le VIH à horizon prévisible.

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Le Sommet des personnes vivant avec le VIH ‘LIVING 2008’ débutera le 31 juillet avant la XVIIe Conférence internationale sur le sida. Pouvez-vous nous parler de l’importance de cet événement ?

Etant donné le climat actuel – marqué par une érosion à divers niveaux des droits des personnes vivant avec le VIH, par une baisse de vigilance progressive des donateurs concernant les actions visant à élargir et intensifier l’accès universel et par une fausse perception selon laquelle la crise du sida serait terminée, il est essentiel que les personnes vivant avec le virus se réunissent et, comme le titre du Sommet l’indique, ‘reprennent la main sur les priorités du plaidoyer’ au lieu de continuer à laisser d’autres définir certaines des priorités les plus importantes auxquelles nous devons faire face.

Il est capital que nous puissions participer à la Conférence internationale sur le sida et parler de ces questions d’une voix collective revitalisée, et que nous puissions donner une nouvelle énergie au débat une fois de retour au travail auprès des communautés locales de séropositifs dans nos pays.

Quelles sont les questions prioritaires pour le mouvement des personnes vivant avec le VIH ?

Eh bien, si vous regardez l’ordre du jour du Sommet, vous verrez que quatre grandes questions se distinguent.

  1. Accès universel aux programmes de prévention, de traitement et de soins du VIH
  2. Prévention destinée aux séropositifs(ves)
  3. Santé sexuelle et reproductive, et droits des personnes vivant avec le VIH
  4. Criminalisation de la transmission du VIH

Les questions transversales incluent le leadership, les femmes et les groupes les plus exposés au risque, alors que les questions globales incluront la lutte contre les inégalités entre les sexes, le renforcement de la participation des jeunes vivant avec le VIH, la stigmatisation et la discrimination, la participation accrue des personnes vivant avec le VIH (GIPA) et la création de partenariats efficaces.

La liste n’est, bien entendu, pas exhaustive. Par exemple, certaines des autres questions qui tiennent à cœur au mouvement des personnes vivant avec le VIH incluent : le fait que certains gouvernements n’honorent pas les engagements pris en matière de développement de l’accès universel, que nous devons toujours nous assurer qu’il y ait des financements appropriés pour les programmes de lutte contre le sida et que l’argent mobilisé atteigne les populations qui en ont le plus besoin, que le financement des systèmes de santé ne s’oppose pas au financement de la lutte contre le sida, et que les problèmes plus larges de droits de l’homme affectant les personnes vivant avec le VIH et les populations clés soient traités et les droits protégés.

Les personnes vivant avec le VIH sont de plus en plus souvent reconnues comme une composante essentielle des ripostes mondiales et locales au virus. Y a-t-il vraiment une participation accrue des personnes vivant avec le VIH ?

On a beaucoup parlé d’une participation accrue ou plus significative des personnes vivant avec le VIH à la riposte, mais dans la réalité, les choses progressent lentement. Au début, le seul fait qu’une personne vive ouvertement sa séropositivité était parfois considéré comme une raison suffisante pour l’inviter à participer aux discussions. Mais ce qui apparaît clairement aujourd’hui, c’est qu’il faut des compétences et un professionnalisme appropriés, sans quoi notre présence est purement symbolique. L’absence de participation significative à l’échelon du pays due au manque de capacité des réseaux de personnes vivant avec le VIH est un problème courant. C’est pour cette raison qu’il est essentiel que l’on soutienne avec des financements suffisants la participation des séropositifs à tous les aspects de la riposte. Cela doit inclure une formation dans tous les domaines techniques, y compris un travail sur les politiques.

Qu’est-ce qui unit la communauté des séropositifs, transcendant toutes les frontières et les milieux ? Existe-t-il quelque chose comme une stratégie commune au sein du mouvement mondial des personnes vivant avec le VIH ?

Il est évident que ce n’est pas parce que nous vivons tous avec le virus que nous sommes tous d’accord sur tout !

Il y a toutefois certaines expériences qui tissent des liens communs. Je dirais que j’ai une relation spéciale avec les personnes vivant avec le VIH que je connais depuis le milieu des années 80. Nous pouvons ne pas être d’accord, c’est comme une famille qui a connu des pertes et des douleurs terribles, mais qui a aussi survécu et réalisé beaucoup de choses ensemble malgré les obstacles. C’est pour cette raison que nous serons toujours liés.

S’agissant du mouvement mondial des personnes vivant avec le VIH, bien que nous parlions d’un nombre de personnes considérablement plus important, certains de ces facteurs sont toujours présents. Une expérience commune partagée de la stigmatisation réelle ou perçue, de la peur de la maladie et de la mort, de la lutte collective pour quelque chose en quoi nous croyons – et une volonté incroyable de vivre et de profiter pleinement de la vie. Ce sont là des liens communs qui nouent nos vies.

Quand il s’agit de prendre des positions spécifiques sur des questions telles que le dépistage, la prévention destinée aux séropositifs(ves), etc. il est plus difficile de réunir un consensus ; je pense néanmoins que l’engagement global en faveur du respect des droits de l’homme des personnes vivant avec le VIH est un facteur qui nous unit – tout comme nous croyons en la mise en œuvre d’un accès universel à la prévention, au traitement, aux soins et à l’appui.

Quelle est la participation de l’ONUSIDA à l’événement ?

L’ONUSIDA est membre du ‘Living Partnership’, groupe d’organisations engagées en faveur du droit des personnes vivant avec le VIH à l’autodétermination et qui considèrent qu’une participation significative des personnes vivant avec le VIH à la riposte au sida est essentielle pour son succès.

Les membres du personnel de l’ONUSIDA ont participé aux groupes de travail qui ont organisé cet événement et sa couverture médiatique depuis le premier jour. Plusieurs d’entre nous ont assisté à la réunion de planification de ‘Living 2008’ qui a eu lieu à Monaco en janvier de cette année, accueillie par SAS la princesse Stéphanie de Monaco (Représentante spéciale de l’ONUSIDA) et l’association Fight AIDS Monaco.

Pendant l’événement, notre Directeur exécutif, le Dr Peter Piot, s’exprimera à l’occasion de la réunion plénière d’ouverture et l’on diffusera un message vidéo de la Représentante spéciale, SAS la princesse Stéphanie.

Pour chacun de nous, participer à cet événement a été une priorité – le leadership des personnes vivant avec le VIH est de toute évidence une question qui nous tient à cœur en tant que séropositifs, mais également une priorité pour le programme de l’ONUSIDA considéré dans son ensemble.

Enfin, quels sont vos espoirs pour l’avenir ? Que voudriez-vous voir figurer sur l’ordre du jour du sommet ‘Living 2018’ ?

En 2018, j’espère que l’on parlera de vaccins et de microbicides efficaces, et de médicaments nouveaux et efficaces contre la tuberculose, l’hépatite C et le VIH.

J’espère que la stigmatisation qui entoure le VIH aura disparu – que la discrimination ne tuera plus les gens uniquement parce qu’ils sont un peu différents et que le concept de participation accrue des personnes vivant avec le VIH sera devenu inutile.

J’espère qu’il ne sera plus nécessaire d’organiser ces réunions, que le militantisme contre le sida appartiendra au passé et que nous aurons tous évolué vers d’autres choses – mais peut-être est-ce là un vœu trop pieux.