Des femmes artisanes de leur avenir

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Reportage

Des femmes artisanes de leur avenir

07 mars 2008

La Journée internationale de la Femme, le 8 mars, est célébrée à l'échelle mondiale, pour inspirer les femmes et braquer les projecteurs sur leurs réalisations. Le thème cette année est "Investir dans les femmes et les filles". Mary Fisher, Représentante spéciale de l'ONUSIDA, et les artisanes qui travaillent au sein de son projet de Bijouterie à Lusaka, en Zambie, considèrent que les projets générateurs de revenus sont d'une importance capitale en ce sens qu'ils permettent aux femmes vivant avec le VIH d'avoir des cartes en main pour bâtir leur avenir.

L'emploi, un atout majeur pour l'émancipation des femmes séropositives au VIH

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La représentante spéciale de l'ONUSIDA Mary Fisher avec les artisanes du projet de bijouterie de Lusaka.
Photo: Mary Fisher

Grande défenseuse de la cause des personnes qui comme elles sont séropositives au VIH, la Représentante spéciale de l'ONUSIDA Mary Fisher a eu l'occasion de rencontrer des femmes lors de ses voyages à travers le monde. En les écoutant, elle a pu constater à quel point l'emploi est vital pour l'émancipation des femmes vivant avec le VIH, en particulier pour celles qui sont dans la misère.

"Où que j'aille", disait-elle, "je vois des femmes en grande difficulté qui se démènent pour elles et pour leur famille, face à l'impitoyable quotidien que leur impose le VIH"

Alors en 2006, Mme Fisher a commencé à creuser l'idée de monter des projets susceptibles de générer un revenu régulier qui permettraient aux femmes séropositives de gagner leur vie, et de prendre soin de leur santé. Elle s'est entretenue avec des femmes pour trouver un produit qu'elles seraient en mesure de fabriquer avec le savoir-faire traditionnel qu'elles possédaient déjà ou qu'elles pourraient acquérir, et en faire un commerce.

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A Lusaka en Zambie l'artisanat traditionnel de collier de perles se voit doté d'une touche de modernité.
Photo: Mary Fisher

C'est de là qu'est partie l'idée de créer des bijoux fantaisie selon la méthode traditionnelle d'enfillage de perles ; ces bijoux ont été mis en vente sur Internet, y compris sur le site de Mary Fisher.

Créer un impact

Aujourd'hui, l'activité de ce projet de fabrication de bijoux est florissante. Environ 150 femmes séropositives qui participent à des groupes d'entraide au Centre de Recherche sur les Maladies infectieuses en Zambie (CIDRZ), établissement de recherche sur le VIH et le sida, de traitement et de soins implanté à Lusaka, ou qui vivent au sein de la communauté locale de Chikumbuso, ont reçu une formation et sont employées comme fabricantes de bijoux.

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Les modèles modernes de bijouterie de l'artiste Mary Fisher sont composées de perles crochetées.
Photo: Mary Fisher

Mary Fisher est une artiste de renommée internationale, et l'association de ses concepts modernes en matière de création de bijoux avec l'art traditionnel de ces femmes s'avère réussie. Les artisanes utilisent des perles au crochet, avec différentes matières et des pierres gemmes, et cet art se vend bien. Une trentaine de sortes de bracelets, imaginés par l'artiste Mary Fischer, sont en cours de production, et d'autres articles sont sur la table de dessin. Les dames sont rémunérées à l'unité qu'elles fabriquent et les bénéfices sont réinvestis dans d'autres matières et servent à embaucher d'autres femmes.

Mary Fisher a appelé certains de ces bijoux la Collection Abataka. Abataka signifiant “famille, communauté, appartenance”.

“Je peux offrir une éducation à mes enfants”

Tel ou tel jour, plusieurs dizaines d'artisanes se retrouvent pour fabriquer des bijoux et parler entre elles des choses de leur vie.

L'histoire d'Esther est typique : elle a contracté le VIH par le biais de son mari, elle a transmis le virus sans le savoir à quatre de leur 5 enfants et, depuis le décès de son mari en 2005, elle élève ses enfants toute seule.

Avant, Esther et ses enfants, faute de nourriture à prendre avec leur médicament anti-VIH, ne pouvaient pas respecter les posologies. Maintenant, ils ont de l'argent pour se loger, pour manger - même pour s'acheter des livres et payer les frais de scolarité. "Je remercie Dieu pour ce projet de fabrication de bijoux qui me permet d'offrir une éducation à mes enfants", a-t-elle déclaré.

Sur chaque bracelet terminé, Esther et ses collègues de travail apposent leur signature. De ce fait, les personnes qui font le bracelet et celles qui l'achètent ont le sentiment d'être alliées pour lutter contre le sida à travers le monde. Des acheteurs de l'Arizona ont envoyé des lettres personnelles de remerciement et d'encouragement aux artisanes zambiennes, avec des photos jointes sur lesquelles ils posent avec leur bracelet au poignet.

Regarder vers l'avenir

Les artisanes séropositives ne font pas que vivre au jour le jour : fortes des revenus et du savoir-faire qu'elles ont acquis grâce au projet de fabrication de bijoux, elles regardent également vers l'avenir. Elles sont nombreuses à avoir pu ouvrir un compte-épargne, se mettre à leur compte, et loger leur famille plus décemment.

Pour Mme Fisher, c'est la définition même de l'esprit de Abataka : "des gens de partout se lient d'amitié avec des femmes africaines durant leur voyage. Avec l'aide du monde entier, ces femmes peuvent envisager un avenir plus clément”.