Reportage

La riposte au sida et ses liens avec le développement en Afrique

22 septembre 2008

080922_afr_200.jpg
La riposte au sida et ses liens avec le développement en Afrique

Alors que des participants de haut niveau et des experts internationaux sont réunis au siège de l’ONU à New York pour débattre des besoins et des problèmes de l’Afrique en matière de développement, nous examinons ici l’impact du VIH et de la riposte au sida sur le développement du continent.

Dans les pays d’Afrique les plus gravement touchés par le VIH, l’épidémie a réduit l’espérance de vie de plus de 20 ans, ralenti la croissance économique et aggravé la pauvreté des familles. Pourtant, des actions efficaces et durables contre le sida contribuent à résoudre les graves problèmes de développement qui se posent pour surmonter la pauvreté, améliorer l’éducation, allonger l’espérance de vie et réduire la mortalité infantile.

Le leadership en matière de sida et son impact sur le développement

Lorsqu’un leadership national engagé dans la lutte contre le sida est associé à un financement coordonné à long terme, on s’aperçoit que les dividendes vont bien au-delà de l’épidémie. Elargir les services liés au VIH, cela signifie combler des années de sous-investissements dans le domaine des personnels de santé, avec pour effet un renforcement des systèmes de santé, qui apporte une amélioration de la santé maternelle et infantile. Grâce aux améliorations dues aux traitements antirétroviraux, les individus vivent plus longtemps, leur productivité s’accroît, les familles peuvent sortir de la pauvreté et la sécurité alimentaire s’en trouve améliorée.

« Notre succès dans la lutte contre le sida favorisera nos efforts de réduction de la pauvreté, d’amélioration de la nutrition, de réduction de la mortalité infantile, d’amélioration de la santé maternelle et de lutte contre le paludisme et la tuberculose ».

Déclaration du Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon lors de la Réunion de haut niveau de l’Assemblée générale sur le VIH/sida, New York, juin 2008.

De plus, une riposte au sida qui s’attaque aux moteurs ou aux causes premières de la vulnérabilité à l’infection à VIH—stigmatisation, discrimination, inégalité des sexes et violation des droits humains—aura une influence sur le développement dans son ensemble.

Succès et progrès

Les pays africains affectés manifestent un leadership renforcé pour résoudre les problèmes en s’appuyant toujours davantage sur leurs propres ressources. Les dépenses intérieures publiques par habitant consacrées au VIH (provenant des propres sources des gouvernements) en Afrique subsaharienne se sont révélées six fois plus importantes que dans les autres parties du monde après ajustement en fonction du niveau des revenus (Rapport sur l’épidémie mondiale de sida 2008).

L’importante augmentation du financement des activités sida et les investissements dans la prévention et les traitements effectués ces dernières années montrent des résultats encourageants dans plusieurs pays d’Afrique.

Au Rwanda et au Zimbabwe, les modifications des comportements sexuels—report du début de l’activité sexuelle, baisse du nombre de partenaires multiples, augmentation du recours au préservatif chez les personnes qui ont des partenaires multiples—ont été suivies d’une baisse du nombre des nouvelles infections à VIH. L’utilisation du préservatif augmente parmi les jeunes qui ont des partenaires multiples au Bénin, au Burkina Faso, au Cameroun, au Ghana, au Kenya, au Malawi, en Namibie, en Ouganda, en Tanzanie, au Tchad et en Zambie.

Les épidémies de VIH en Afrique du Sud, au Malawi et en Zambie semblent s’être stabilisées et la plupart des épidémies comparativement moins importantes de l’Afrique de l’Ouest sont stables ou en baisse, comme c’est le cas au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, au Mali et au Nigéria. La prévalence du VIH dans les épidémies de l’Afrique de l’Est est stable ou en recul.

Les progrès réalisés dans l’accès aux traitements antirétroviraux

Le nombre de personnes ayant accès à un traitement du VIH est plus élevé que jamais. Sur les trois millions de personnes sous traitement en 2007, plus de deux millions se trouvaient en Afrique subsaharienne. Entre 2003 et 2007, l’accès aux traitements en Namibie a passé de 1% à 88%, et au Rwanda de 3% à 71%. En conséquence, le nombre des décès liés au sida a baissé au cours des deux dernières années, passant de 2,2 millions à 2 millions en 2007.

Les bénéfices qui en découlent sont considérables pour les pays africains. Traiter le VIH, cela signifie que les personnes vivant avec le virus vivent plus longtemps, en meilleure santé et avec une qualité de vie bien plus élevée. Elles peuvent rester productives dans leur travail comme dans leur communauté et le risque que leur famille tombe dans la pauvreté ou l’insécurité alimentaire s’en trouve réduit.

Des progrès notables ont également été faits dans la prévention de la transmission mère-enfant du VIH et la couverture de ces services a augmenté dans des pays comme l’Afrique du Sud, le Botswana, la Namibie et le Swaziland.

Ces progrès suggèrent un bon rendement des investissements consentis sur divers fronts, en particulier dans la prévention et le traitement du VIH et montrent qu’un engagement soutenu permet aux pays de surmonter les problèmes de développement posés par l’épidémie.

Impact démographique du VIH

Pourtant, malgré tous ces succès, l’épidémie devance toujours la riposte. Le Rapport sur l’épidémie mondiale de sida 2008, publié par l’ONUSIDA, montre que le sida reste la principale cause de décès en Afrique. En Afrique australe, on estime que l’espérance de vie moyenne à la naissance a chuté à des niveaux qui n’avaient plus été vus depuis les années 1950—moins de 50 ans pour l’ensemble de la sous-région.

Les chiffres sont préoccupants : 67% de toutes les personnes vivant avec le VIH et près de 90% des enfants vivant avec le VIH se trouvent en Afrique subsaharienne. Au Botswana et au Zimbabwe plus d’un tiers de tous les décès parmi les enfants de moins de 5 ans sont dus au sida.

Les progrès sont réels mais il reste des lacunes

Comme l’a noté le rapport du Secrétaire général de l’ONU à la réunion de haut niveau sur le sida en juin 2008, les pays devront pérenniser les progrès qu’ils ont déjà accomplis et maintenir le leadership nécessaire pour exécuter des stratégies et programmes nationaux pleinement financés et durables de lutte contre le VIH.

Le VIH : un problème de santé publique et de développement

Le VIH est à la fois un problème de santé publique et de développement qui exige une riposte soutenue, inclusive et multisectorielle.

La Commission du VIH/sida et de la gouvernance en Afrique (CVGA) a publié au début de cette année un rapport comportant un appel à la mobilisation et à la coordination du leadership à tous les niveaux en faveur d’une action concrète contre le VIH et d’un plan élargi de développement. Le rapport demande également que les stratégies nationales se préoccupent des inégalités entre les sexes étant donné que 60% des personnes vivant avec le VIH en Afrique subsaharienne sont des femmes.

Réunion de haut niveau sur les besoins de l’Afrique en matière de développement

Lors de la réunion de haut niveau sur les besoins de développement de l’Afrique qui se tient à New York le 22 septembre 2008, des chefs d’Etat ou de gouvernement, des ministres, des organisations de la société civile, des organisations intergouvernementales, des institutions des Nations Unies, des fonds et des programmes, ainsi que les institutions de Bretton Woods vont discuter « Des besoins de développement de l’Afrique : état de la mise en œuvre des différents engagements, défis et perspectives » Le Secrétariat de l’ONUSIDA, ses Coparrainants et ses partenaires organiseront plusieurs manifestations en marge de la réunion.

Reportages connexes


Publications:

Rapport sur l’épidémie mondiale de sida 2008