Reportage

Partenariat pour la prévention du VIH au Sri Lanka

03 août 2010

20100804_SL_1_200Field staff training for the size estimation study in Sri Lanka.
Credit: Dr. Ajith Karawita

La prévalence du VIH dans la population générale du Sri Lanka est très faible puisqu'elle s'établit à 0,1 %. Certaines données indiquent toutefois que les professionnel(le)s du sexe et leurs client(e)s ainsi que les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes sont exposés à une infection par le VIH. Toutefois, la taille de ces groupes étant mal connue, il est difficile d'orienter les efforts de prévention du VIH dans le pays.

Afin de disposer d'informations stratégiques de base, et à la demande du Programme national de contrôle des MST et du sida du Sri Lanka, l'équipe conjointe des Nations Unies sur le sida a soutenu l'élaboration d'une méthodologie pour réaliser un état des lieux et estimer la taille des populations clés. La Banque mondiale a fourni une assistance technique tandis que l'UNFPA et l'ONUSIDA apportaient un financement complémentaire garantissant que les communautés de quatre districts pourraient utiliser la méthodologie.

Selon conclusions de l'étude, publiées en mai 2010, le Sri Lanka compterait de 35 000 à 47 000 professionnel(le)s du sexe et de 24 000 à 37 000 hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes.

Un partenariat essentiel pour une prévention efficace du VIH

Ce processus a donné le jour à un nouveau partenariat constructif. Des représentants des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes et des professionnel(le)s du sexe ont rencontré régulièrement des hauts fonctionnaires de la police et du ministère de la Santé pour mettre en œuvre le programme de santé publique.

« C'est la première fois au Sri Lanka qu'un problème de santé publique est pris en charge par des parties prenantes non traditionnelles rassemblées autour d'une cause commune, la prévention du VIH au sein des populations clés à plus haut risque »,

Dr Palitha Mahipala, Secrétaire supplémentaire du minstère de la Santé et de la Nutrition

« C'est la première fois au Sri Lanka qu'un problème de santé publique est pris en charge par des parties prenantes non traditionnelles rassemblées autour d'une cause commune, la prévention du VIH au sein des populations clés à plus haut risque », a commenté le Dr Palitha Mahipala, Secrétaire supplémentaire du ministère de la Santé et de la Nutrition et Président du comité directeur créé pour guider la mise en œuvre.

Les groupes communautaires ont été informés par une équipe qui avait travaillé sur des exercices similaires au Pakistan et en Inde et s'est assurée que la méthodologie était adaptée en vue d'une utilisation facile au Sri Lanka.

« Les membres de la communauté ont reçu une excellente formation de l'Université du Manitoba portant sur la planification du travail de terrain, la collecte de données, la saisie de données, l'analyse et les bases de la microplanification de services de prévention ciblant les professionnel(le)s du sexe », a expliqué Chandra Kanthi Abeykoon, Coordinateur de projet au sein de l'ONG Community Strength and Development Foundation.

Combler l'absence d'éléments concrets

« Ce processus est une première étape critique vers l'élaboration d'une prévention efficace auprès des populations clés à plus haut risque, ici au Sri Lanka »

David Bridger, Coordinateur de l'ONUSIDA dans le pays

L'état des lieux a d'abord été réalisé à Colombo et Anuradhapura où les premiers résultats suggéraient que le nombre d'hommes sexuellement actifs ayant des rapports sexuels avec des hommes et les professionnel(le)s du sexe était beaucoup plus élevé qu'on ne le pensait jusqu'ici. Selon l'équipe en charge de l'étude, les participants issus des organisations communautaires ont apprécié de pouvoir localiser précisément les points chauds en matière de travail du sexe, ce qui permettrait aux programmes de prévention du VIH de toucher les personnes nécessitant des services en la matière.

Dans le cadre du projet, il était particulièrement important de garantir l'anonymat des participants. Il avait donc été convenu que seuls les groupes communautaires auraient accès aux données incluant les noms de rue et les lieux, informations pertinentes pour les activités de proximité en matière de prévention. L'état des lieux a été étendu à Batticaloa et Nuwara Eliya. Le Programme national de contrôle des MST et du sida a utilisé la moyenne des données de trois des districts étudiés pour alimenter les estimations nationales, ce qui a permis au pays de produire pour la première fois une estimation à cette échelle fondée sur des éléments concrets pour les populations clés à plus haut risque.

Pendant le projet, l'équipe en charge de l'étude a été confrontée à certaines difficultés, les autorités locales étant intervenues et ayant mis en cause l'exercice qui concernait des comportements tombant sous le coup de lois répressives : en effet, l'homosexualité et le travail du sexe sont illégaux au Sri Lanka. Des membres de l'équipe issus du ministère de la Santé et d'organisations communautaires se sont rendus sur les sites de recherche afin de rencontrer les officiels locaux pour échanger avec eux et se mettre d'accord sur les objectifs de l'exercice.

Impulser un élan

S'appuyant sur le partenariat créé pour la prévention, le gouvernement et la société civile ont demandé et obtenu un financement dans le cadre de la 9ème série du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Approuvé début 2010, ce financement permettra d'étendre l'état des lieux à l'ensemble du pays et de le compléter par des activités de proximité en matière de prévention ciblant les populations clés mais aussi les consommateurs de drogues injectables dans les prisons.

« Ce processus est une première étape critique vers l'élaboration d'une prévention efficace auprès des populations clés à plus haut risque, ici au Sri Lanka », a commenté David Bridger, Coordinateur de l'ONUSIDA dans ce pays.

« Disposer d'un ensemble complet de mesures de prévention pour les populations clés risquant le plus d'être infectées par le VIH au Sri Lanka est un moyen sûr de maintenir un faible taux de prévalence du virus dans ce pays », a-t-il ajouté.

Toutefois, divers obstacles freinent une prévention efficace et continueront d'affecter la mise en œuvre du programme de prévention du VIH du gouvernement ciblant les populations clés à plus haut risque dans les cinq prochaines années. Les lois criminalisant certains comportements, qui poussent les populations les plus susceptibles de contracter le VIH vers la clandestinité et les éloignent des services de prévention du VIH, soulèvent un problème qui devra faire l'objet de discussions plus franches.

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