Plein feu sur le Kazakhstan: «Le financement et la planification sont des priorités clés pour la riposte»

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Reportage

Plein feu sur le Kazakhstan: «Le financement et la planification sont des priorités clés pour la riposte»

15 septembre 2010

Maksut Karimovitch Kulzhanov, directeur de l'Institut kazakh de santé publique et représentant de l'Europe de l'Est au Conseil d'administration du Fonds mondial partage ses opinions sur les progrès du Kazakhstan vers l'OMD 6.

Maksut Karimovitch Kulzhanov, directeur de l'Institut kazakh de santé publique.

ONUSIDA: Quel est d'après vous la réalisation la plus remarquable du Kazakhstan dans sa riposte au VIH?

M. Kulzhanov: Plusieurs réussites me viennent à l'esprit. Tout d'abord, l'épidémie au Kazakhstan est contenue au niveau concentré et reste en gros au même niveau. Ensuite, le financement public de la riposte au sida augmente progressivement et, même si ces ressources ne suffisent toujours pas, nous pouvons malgré tout parler de réussite dans la mesure où elles étaient inexistantes il y a dix ans. J'estime que l'amélioration du travail avec les populations vulnérables et l'aide accrue du gouvernement aux ONG figurent parmi les évolutions importantes. La nouvelle loi adoptée qui promeut l'activité des ONG facilite l'implication de la société civile dans le travail de proximité, une des principales priorités du Kazakhstan.

ONUSIDA: Quels sont les principaux obstacles à la réalisation de l'OMD 6 au Kazakhstan?

M. Kulzhanov: Les principaux obstacles sont probablement identiques aux obstacles recensés dans d'autres pays tels que la complexité du travail avec les populations vulnérables et faire comprendre certains aspects de l'épidémie aux différents organismes publics et aux autorités. Il y a également des problèmes au niveau de l'accès au traitement. Aujourd'hui, le Kazakhstan ne possède pas les capacités pour pouvoir offrir de lui-même un traitement antirétroviral à toutes les personnes qui en ont besoin. C'est ici que l'aide octroyée par le Fonds mondial joue un rôle crucial car elle permet de maintenir la couverture du traitement à un niveau acceptable.

ONUSIDA: Pensez-vous que les investissements réalisés par le Kazakhstan dans la riposte au sida vont contribuer à la réalisation des autres OMD?

M. Kulzhanov: Les investissements dans la riposte au sida au Kazakhstan ciblent des activités réalisées dans ce domaine particulier. S'agissant des autres OMD, notamment la réduction de la mortalité infantile et la santé maternelle, le gouvernement fournit de sérieux efforts et certains progrès ont été enregistrés. Ces objectifs sont également une priorité pour le Kazakhstan qui a adopté il y a trois ans les critères de l'OMS ainsi que la méthodologie et les approches de cette institution. Nous avons déjà engrangé de bons résultats.

ONUSIDA: Quelles actions peuvent être entreprises pour changer le cours de l'épidémie de VIH au Kazakhstan?

M. Kulzhanov: Le financement et la planification de la riposte sont deux éléments très importants. Malheureusement, les gouvernements de notre région en général et du Kazakhstan en particulier n'ont pas la capacité de garantir le financement de la riposte et souvent, ils ne possèdent pas le savoir-faire requis en la matière. C'est pourquoi nous accordons une telle importance à la coopération avec le Fonds mondial qui est véritablement la seule agence capable d'avoir un impact perceptible sur le financement de la riposte. D'un autre côté, il est important de travailler avec d'autres organisations internationales telles que l'ONUSIDA qui offre un appui crucial tant au niveau technique qu'en matière de conseils.

En tant que représentant de la région au Conseil d'administration du Fonds mondial, je dirai que la première tâche qui nous incombe aujourd'hui est de changer les critères adoptés par le Fonds mondial il y quelques années et qui réduisent fortement la possibilité des pays de la région à bénéficier de bourse. Les catégories de pays telles que définies par la Banque mondiale sur la base de leur revenu ne reflètent pas toujours la réalité dans toute sa complexité.

Dans notre région où le fossé entre pauvres et riches est très large et où la situation générale est relativement bonne au niveau du bien-être, certaines populations vivent dans une pauvreté extrême. Et c'est précisément dans ces groupes de population que l'épidémie se propage très vite. Les critères du Fonds mondial ignorent cet aspect. Nous devons entreprendre tout ce qui est en notre pouvoir pour changer ces critères afin que le Fonds mondial fonctionne pour tous les pays. Ceci est particulièrement important pour notre région qui est proche d'une épidémie généralisée.

ONUSIDA: Que fait votre pays pour définir les priorités de la prévention du VIH?

M. Kulzhanov: Nos programmes officiels reprennent la prévention du VIH parmi les cinq priorités programmatiques mais il reste encore beaucoup de travail à accomplir, par exemple dans la prévention du VIH dans les populations immigrées. La migration augmente dans la région. Il y a les immigrés légaux et les immigrés illégaux qui, bien souvent, sont la majorité. Ils sont totalement coupés de tous les services : aucun accès aux services médicaux, à l'éducation et aux informations. Une étude pilote que nous avons réalisée sur un des grands marchés d'Almaty a mis en évidence l'ignorance sur les préservatifs et d'autres moyens de protection chez de nombreux immigrés, représentés principalement par des jeunes sexuellement actifs. Il y a donc beaucoup de travail à faire dans ce domaine. Dans l'ensemble, ce qui nous fait défaut, c'est la coordination et une meilleure interaction entre les secteurs. Nous devons unir les efforts à tous les niveaux.