Dr Nafis Sadik : Envoyée spéciale des Nations Unies pour le sida en Asie-Pacifique depuis 10 ans

Bookmark and Share

Reportage

Dr Nafis Sadik : Envoyée spéciale des Nations Unies pour le sida en Asie-Pacifique depuis 10 ans

04 juillet 2012

Dr Nafis Sadik (deuxième en partant de la gauche, rang de derrière) et des personnes vivant avec le VIH lors de sa visite officielle au Vietnam.

Le Dr Nafis Sadik, citoyenne pakistanaise, a été nommée Envoyée spéciale du Secrétaire général pour le sida en Asie-Pacifique en 2002. En dix ans de fonction, elle a beaucoup voyagé dans la région pour promouvoir les questions clés et défendre une riposte multisectorielle et étendue au VIH en Asie-Pacifique aux plus hauts niveaux.

Ces 10 dernières années, le Dr Sadik a constamment attiré l'attention sur l'importance de répondre aux besoins des femmes et des populations clés touchées dans les ripostes nationales au sida et sur la nécessité d'impliquer les populations clés dans l'élaboration et la mise en œuvre de politiques de développement.

À l'issue de son mandat d'Envoyée spéciale le 30 juin 2012, le Dr Sadik fait part de ses réflexions sur les dix années de travail en tant qu'Envoyée spéciale du Secrétaire général des Nations Unies en Asie-Pacifique et indique pourquoi le fait de parler du VIH est le seul moyen de faire progresser la riposte.

ONUSIDA : Quelles étaient les principales questions et difficultés en matière de VIH dans la région lorsque vous avez été nommée Envoyée spéciale pour le sida en Asie-Pacifique ?

Dr Sadik : La principale difficulté était que les pays ne reconnaissaient pas avoir un problème avec le VIH. En 2002, les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) étaient déjà d'actualité, notamment celui de réduire de moitié les nouvelles infections au VIH d'ici 2015, mais de nombreux pays de la région ne s'intéressaient pas du tout à cet OMD. Ceci était problématique pour les Nations Unies. Nous devions faire quelque chose « maintenant » et savions que si les pays agissaient, ils pourraient éviter une épidémie majeure.

ONUSIDA : Au début, quel type de missions aviez-vous en tant qu'Envoyée spéciale ?

Dr Sadik : J'avais été Directrice exécutive [du FNUAP] et connaissais de nombreux chefs d'État, l'idée était donc de militer auprès d'eux pour une politique et un programme d'action de lutte contre le VIH. Ma première visite s'est déroulée au Népal car je faisais partie des principaux intervenants d'une conférence régionale. J'ai été plutôt énergique. J'ai profité de l'occasion pour aborder des sujets dont on ne parlait pas — les hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes, les professionnels du sexe, la consommation de drogues, etc. Mon discours a été plutôt dramatique et je pense qu'il a choqué certaines personnes. Je suis même allée jusqu'à dire que selon moi, ces comportements devaient être légalisés immédiatement ! Bien entendu, j'ai fini par prendre conscience que les choses ne changeaient pas de façon si brutale et instantanée, mais que le changement pouvait être encouragé progressivement.

ONUSIDA : La région Asie-Pacifique a fait l'objet de progrès considérables au cours de ces 10 dernières années. Les taux d'infections au VIH ont baissé de plus de 20 % et près d'un million de personnes reçoivent à présent un traitement antirétroviral. Qu'est-ce qui a changé dans la région au cours des 10 dernières années ?

Les pays ont pris conscience que le sida était une réalité pour toutes leurs sociétés. Tous les pays de la région ont maintenant des politiques et des programmes de lutte contre le VIH ; ce n'était pas le cas lorsque j'ai commencé

Dr Nafis Sadik, ancienne Envoyée spéciale du Secrétaire général pour le sida en Asie-Pacifique

Dr Sadik : Les pays ont pris conscience que le sida était une réalité pour toutes leurs sociétés. Tous les pays de la région ont maintenant des politiques et des programmes de lutte contre le VIH ; ce n'était pas le cas lorsque j'ai commencé. Certains pays inversent la tendance de l'épidémie ; le nombre de personnes recevant un traitement antirétroviral est considérable, de plus en plus de personnes ont accès à des services et un élan considérable a été donné concernant la compréhension des questions de genre et des populations clés touchées.

J'ai été impressionnée par l'attention qu'accordent les législateurs au VIH. Et de nombreux efforts ont été déployés pour prendre en charge les groupes à haut risque et vulnérables. Les lois ont changé dans plusieurs pays, comme par exemple au Népal et au Pakistan qui offrent désormais une « identité » officielle aux personnes transsexuelles. Ceci est une avancée importante car les droits de l'homme en général sont reconnus.

ONUSIDA : Quelles sont les difficultés qui perdurent dans la région selon vous ?

Dr Sadik : On ne parle toujours pas du sida à tous les niveaux. Le leadership fait la différence mais ça ne devrait pas être le cas uniquement une journée par an, lors de la Journée mondiale de lutte contre le sida. La sensibilisation doit être plus fréquente et à tous les niveaux. Si la sensibilisation par le haut devient plus cohérente et que les leaders parlent plus souvent du VIH et des questions apparentées, cela permettra de lutter considérablement contre la stigmatisation et la discrimination.

ONUSIDA : Alors que la riposte au VIH en Asie-Pacifique avance, qu'est-ce qui est pour vous le plus important pour que la région atteigne l'« objectif zéro » ?

Dr Sadik : Il est capital de changer le comportement des hommes. Le rapport de l'Asia Commission a clairement établi que le comportement des hommes était la clé pour lutter contre l'épidémie dans la région. Si nous pouvons engendrer des comportements à moindre risque, nous pourrons faire la différence. Il est indispensable d'avoir plus de défenseurs masculins.

L'avancée du « traitement préventif » est très importante mais nous devons également garder en mémoire que l'accès à un traitement anti-VIH abordable est menacé. De nombreuses personnes sont sous traitement dans la région grâce aux fonds versés par des donateurs externes — qui pourraient bien être supprimés ou réduits. Un certain nombre de pays à revenus intermédiaires ne seront plus éligibles pour bénéficier de certains financements externes. Ceci est inquiétant et nous devons mieux collaborer avec les pays et les partenaires de développement pour élaborer des plans visant à garantir la continuité du traitement.

En juillet 2012, M. Prasada Rao — ancien Secrétaire indien à la santé et aux affaires familiales et ancien Directeur de l'équipe d'appui aux régions de l'ONUSIDA pour l'Asie et le Pacifique — a été nommé Envoyé spécial du Secrétaire général des Nations unies pour le sida en Asie-Pacifique.