Reportage

Mogadiscio : le VIH en temps de crise

26 juillet 2012

Une femme déplacée dans son pays avec son nourrisson âgé de 8 jours
Photo : ONUSIDA

« Je veux que mon enfant naisse sans le VIH », a déclaré M. Mohamoud Mohamed Ahmed, accompagné de son épouse souriante et visiblement enceinte, Mme Nasteho Farah Elmi, lors d'une récente discussion avec des personnes vivant avec le VIH à Mogadiscio. Cette ville aux murs délabrés et criblés de balles possède un réseau de 500 personnes vivant avec le VIH. M. Ahmed Mohamed Jimale, directeur proactif de ce réseau créé par la Commission Centre Sud sur le sida de Somalie, répond à ce genre de préoccupations en dirigeant les femmes vers des cliniques dotées de services de prévention de la transmission du VIH de la mère à l'enfant. Pourtant, il existe une grande frustration due au manque de financement pour de tels services.

On en sait peu sur la situation du VIH en Somalie, et encore moins à Mogadiscio, car les problèmes de sécurité limitent la collecte de données. Les données vérifiables les plus récentes datent de 2004. Depuis, les estimations placent le taux de prévalence entre 0,7 et 1 %. Toutefois, une analyse des données provenant des centres de conseil et de dépistage volontaires et des cliniques recevant les patients atteints de tuberculose indique des taux d'infection à VIH allant jusqu'à 18 % chez les personnes atteintes de tuberculose et 5,2 % chez les professionnelles du sexe. Dans toute la Somalie, les conditions sont réunies pour une progression de l'épidémie : accroissement des échanges commerciaux, migration et expansion du commerce du sexe aux frontières et dans les ports.

La Ministre du Développement des femmes et de la Famille, Mme Maryam Aweis Jama, fait part de sa profonde inquiétude quant au manque de ressources : « Le gouvernement somalien dispose déjà de très peu de ressources pour gérer le pays, alors ne pensons même pas aux programmes de financement de la lutte contre le VIH. Nous avons un besoin urgent de ressources pour combattre la stigmatisation, la discrimination et la violence envers les femmes vivant avec le VIH et leurs familles ». Les chefs religieux, hommes et femmes, sont de plus en plus actifs dans la sensibilisation au problème du VIH. « En tant que chefs religieux, nous pouvons avoir une influence majeure sur la société en favorisant la sensibilisation aux questions sur le VIH lors des sermons du vendredi », indique M. Sharif Ibrahim Abdullahi. Une responsable religieuse, Mme Hawo Siidow Abdi, renchérit en expliquant qu'elle s'adresse aux femmes dans les mosquées en tête à tête pour les aider à mieux comprendre l'épidémie de VIH. Mme Hind Khatib, Directrice de l'équipe de l'ONUSIDA d'appui aux régions pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord, a déclaré : « Il est gratifiant de savoir que ces chefs religieux, après avoir participé aux événements régionaux de formation à la lutte contre le VIH, relayent ces messages auprès de leurs communautés ».

Avec l'amélioration relative de la sécurité à Mogadiscio, la ville attire de plus en plus de personnes déplacées en quête d'une vie meilleure. Elles vivent dans des conditions épouvantables, avec peu de protection et d'accès aux services de base. Les centres de distribution du Programme alimentaire mondial s'occupent des populations déplacées et vulnérables. « Les nombres importants de personnes qui se rendent dans ces centres pourraient constituer une cible prioritaire pour la sensibilisation au VIH », a fait remarquer M. Kilian Kleinschmidt, Coordonnateur humanitaire adjoint des Nations Unies, lors d'une récente visite sur place.

Mogadiscio se caractérise par un environnement hautement militarisé, avec une police et une milice visibles partout. M. Abdinor Osman Weheliya, de l'ONG Organisation for Somalis Protection and Development, raconte qu'il arrive souvent que le soir, les femmes attendent à l'extérieur des casernes et des bases militaires en quête d'une opportunité d'échanger des services sexuels contre un peu d'argent pour survivre, ce qui les rend extrêmement vulnérables à une infection à VIH.

Plus inquiétant encore, au sein des communautés visitées comme dans la population en général, il existe une absence criante de sensibilisation et de compréhension de l'épidémie de VIH. « Si la prévention du VIH n'est pas mise en œuvre comme urgence prioritaire, le VIH pourrait bien devenir une autre bombe à retardement susceptible d'exploser à Mogadiscio », conclut le Dr Renu Chahil-Graf, Coordonnateur de l'ONUSIDA en Somalie.