Reportage

Les médias asiatiques s’unissent contre le sida

28 mai 2007

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Des sommités de la radio/télévision, des
réalisateurs et des journalistes de renom,
et des responsables de média asiatiques
ont promis de renforcer leur riposte au
sida.

Des sommités de la radio/télévision, des réalisateurs et des journalistes de renom, et des responsables de média asiatiques ont promis de renforcer leur riposte au sida et de créer l’initiative ‘Asia Pacific Media AIDS’ pour donner plus de place aux informations concernant le sida dans la région et mieux en rendre compte.

L’engagement de faire avancer la riposte des médias au sida a été pris lors de la conférence intitulée ‘Global Media Strategies on AIDS’ qui s’est tenue à Kuala Lumpur (Malaisie), le 28 mai. Plus de 130 représentants des grandes chaînes de télévision, de la radio, de la presse et des médias électroniques de la région ont assisté à la conférence – événement spécial qui a été organisé en préambule au 30ème Sommet des médias asiatiques qui s’est tenu les 29 et 30 mai.

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Maître Dali Mpofu, PDG de la South
African Broadcasting Corporation et
Président de la Global Media AIDS
Initiative a prononcé le discours
programme.

« Le sida est une crise mondiale d’une ampleur considérable qui ne connaît aucune frontière », a déclaré Maître Dali Mpofu, PDG de la South African Broadcasting Corporation (SABC) et Président de la Global Media AIDS Initiative (GMAI) dans son discours programme.

« Il est évident que les médias sont l’un des outils les plus puissants pour infléchir l’évolution de l’épidémie et qu’ils sont terriblement sous-exploités ».

« Les médias doivent donner une ampleur accrue à leur action et propager l’information plus vite que l’épidémie », a-t-il déclaré.

Cette conférence d’une journée organisée par l’Asia-Pacific Institute for Broadcasting Development (AIBD), l’ONUSIDA, l’Asia Pacific Leadership Forum on AIDS and Development (APLF), l’UNESCO et ISIS Malaysia a été l’occasion de débattre d’un certain nombre de questions clés concernant la riposte des médias au sida, y compris la manière dont ces derniers peuvent favoriser une évolution positive des attitudes à l’égard des personnes vivant avec le VIH, les rôles positifs et négatifs que les médias ont joué à ce jour dans la riposte et les stratégies pour faire en sorte que les médias informent le public avec précision et efficacité des questions liées au sida.


La question du sida doit demeurer d’actualité dans les médias 

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Bai Bagasao, administratrice de l’Asia Pacific
Leadership Forum on AIDS, Equipe régionale
d’appui au développement de l’ONUSIDA.

Ouvrant la première séance de la journée, Mme Bai Bagasao, administratrice ONUSIDA de l’APLF, a brossé un tableau général de la situation actuelle de l’épidémie, soulignant la nécessité de poursuivre et d’améliorer la couverture médiatique du sida. « Je sais que nous attendons tous un progrès décisif, comme un vaccin, un traitement ou quelque chose de spectaculaire – mais la réalité est qu’au jour le jour, des milliers de personnes continuent de mourir du sida et des milliers de personnes sont nouvellement infectées par le VIH. Pourquoi donc le sida n’est-il plus d’actualité ? » a-t-elle demandé.

Invitant les médias à être vigilants et précis lorsqu’ils informent sur le sida, Mme Bagasao a cité le père de la médecine moderne, Hippocrate, pour souligner combien il est nécessaire d’avoir une conduite éthique. « Déclarer le passé, diagnostiquer le présent [et] s’agissant des maladies, prendre deux choses pour habitude – aider ou du moins ne pas nuire », a-t-elle dit. « Ces paroles de sagesse sont tout à fait appropriées à la manière dont les médias doivent riposter au sida aujourd’hui », a-t-elle ajouté.

Il a été rappelé aux professionnels des médias la contribution durable qu’ils peuvent apporter à la riposte au sida. « Vous avez la possibilité d’influencer les attitudes, les comportements et même les décisions de politiques », a déclaré Mme Bagasao. « S’assurer que les messages sont transmis pour aider les gens à s’adapter et à résister au VIH requiert de la sagesse, de la sensibilité, et un objectif clair », a-t-elle ajouté.

A l’aide d’un certain nombre d’exemples de la manière dont les médias ont, consciemment ou inconsciemment, contribué à alimenter les préjugés et la discrimination, les participants ont été invités à accorder une grande attention au langage qu’ils utilisent et à la manière dont ils formulent leurs informations. Ils ont par ailleurs été incités à suivre des cours à l’intention des médias, axés sur les questions relatives au sida et proposés par un certain nombre d’organismes des Nations Unies et d’organisations non gouvernementales.

Les journalistes présents ont dit qu’il convenait de sensibiliser leurs collègues à la nécessité d’informer clairement, ce qui est parfois oublié au sein d’un univers médiatique qui vit à un rythme effréné. « Je suis reporter, les délais sont toujours très courts et il m’est arrivé de négliger les questions sensibles », avoue Mao Xuzhi, journaliste dans la section anglaise de la société chinoise CCTV. « C’est la raison pour laquelle la formation est si importante – les ateliers nous apprennent quel langage choisir et qu’il faut éviter d’utiliser certains termes et certaines images susceptibles de renforcer la discrimination à l’égard des personnes vivant avec le VIH », a-t-elle ajouté.


Sida – agent du changement

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Firdoze Bulbulia, Présidente de la Children and
Broadcasting Foundation for Africa, Afrique du
Sud.

On a fait valoir tout au long de la journée qu’il fallait permettre aux personnes vivant avec le VIH de raconter leur propre histoire dans le cadre d’articles et de reportages pour renforcer et améliorer les émissions radiophoniques et télévisuelles et les articles de presse. Selon les intervenants, la couverture médiatique des personnes qui ‘vivent positivement’ aide à faire évoluer les perceptions à l’égard du sida et à lever la discrimination. 

« Ne sombrons pas dans la morosité. Cette idée a 25 ans d’âge. Le sida est devenu un agent du changement – il modifie le cours des choses, provoquant souvent des mouvements positifs et nous devons évoluer avec le temps », a déclaré Firdoze Bulbia, Présidente de la Children and Broadcasting Foundation for South Africa.

Concernant l’amélioration de la couverture médiatique du sida, les participants ont été exhortés à trouver de nouvelles manières de communiquer des informations sur le sida et d’intégrer la question du VIH dans la programmation courante plutôt que de proposer des émissions ponctuelles et symboliques sur ce thème. « Le sida est ici, avec nous – personne n’est ‘à part’, il s’agit de nous tous », a déclaré Mme Bulbia. « Les grandes émissions, les feuilletons, les sitcoms et autres programmes doivent intégrer des personnages vivant avec le VIH dans leurs scénarios, tout comme il y a dans nos vies de tous les jours des personnes qui vivent avec le virus. Nous devons faire face à cette question – le sida ne disparaît pas, il est bien présent et nous devons gérer ce problème aujourd’hui », a-t-elle ajouté.

Pour exprimer leur volonté de renforcer l’action contre le sida au sein des médias, les participants des entreprises asiatiques de médias ont conclu la réunion en approuvant une déclaration d’engagement prévoyant d’accorder plus de temps d’antenne, d’allouer davantage de ressources et de renforcer la collaboration en matière de production de programmes et de reportages. Ils se sont engagés à créer l’Asia-Pacific Media AIDS Initiative – bras régional du GMAI – pour élaborer et mettre en œuvre collectivement un plan commun et un calendrier pour élargir la riposte du secteur des médias au sida dans la région.

« Nous devons renforcer notre action et surmonter nos tabous culturels. Il s’agit de sauver des vies et des nations », a indiqué M. K P Madhu de l’AIBD.


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