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Les nantis et les démunis : Lutter contre les inégalités de santé au Maroc

25 juin 2026

Malgré plus de deux décennies de pratique médicale à son actif, Bouchra Assarag se réjouit encore de travailler sur le terrain.

« Les angles morts, ce sont les femmes et les filles, en particulier dans les zones rurales », a déclaré la médecin marocaine. Elle a salué les avancées du gouvernement marocain en matière de santé sexuelle et reproductive ainsi que le faible taux d'incidence du VIH (0,08 % dans la population générale). Pourtant, elle anime sans relâche des ateliers destinés aux parents et aux jeunes dans les régions les plus reculées de son pays d'Afrique du Nord.

« Mon combat n'est pas terminé », a-t-elle affirmé, insistant pour ne pas être appelée médecin, mais militante. « Les mariages d'enfants ont toujours lieu, car les familles exploitent des failles juridiques en invoquant la tradition et les pratiques culturelles. » Au Maroc, 14 % des filles se marient avant leurs 18 ans, selon l'organisation non gouvernementale Child Marriage Monitoring Mechanism.

En tant que présidente d'« Ensemble pour les droits à la santé sexuelle et reproductive » (EDSSR), une organisation qui défend la santé et les droits sexuels au Maroc et en Afrique francophone, une grande partie du travail consiste à atteindre et à éduquer les populations vulnérables.

« Je ne critique personne et suis très sensible à la situation de chacun, notamment aux pressions économiques et à la nécessité de nourrir sa famille, mais mon message reste le même », a déclaré Mme Assarag. « Plus on éduque les jeunes, plus ils seront en bonne santé. La santé est un droit humain. »

Parcourir de longues distances pour se rendre dans des zones reculées ne la décourage pas, et elle adapte ses méthodes. « Ils me voient comme quelqu'un qui vient de la grande ville de Casablanca, alors je dois moi-même rester attentive et extrêmement prudente à ce sujet pour que les différentes activités fonctionnent — la communication est essentielle », a-t-elle expliqué.

La quantité de désinformation diffusée sur internet et les réseaux sociaux aggrave les difficultés de l'organisation. « Les jeunes au Maroc, et je pense partout dans le monde, ont peur du jugement. Alors au lieu de demander à un professionnel de santé ou à leur famille comment se procurer un préservatif, ils s'enfouissent dans les réseaux sociaux », a-t-elle dit. « C'est une catastrophe, d'autant que les campagnes anti-éducation sexuelle ont tendance à devenir virales. »

La Stratégie mondiale contre le SIDA 2026-2031 affirme que la prévention de la transmission sexuelle du VIH est étroitement liée aux efforts visant à éviter les grossesses non désirées et l'acquisition d'autres infections sexuellement transmissibles. La fin du SIDA passe par la défense des droits des femmes et des filles et par la réduction des inégalités qui alimentent l'épidémie.

« L'utilisation des services et leur impact ont tendance à être plus élevés lorsque la prévention du VIH est intégrée dans des services de santé sexuelle et reproductive plus larges, qu'elle est exempte de stigmatisation et soutenue par les communautés locales », a déclaré Mary Mahy, Directrice des données pour l'impact et co-auteure du dernier rapport de l'ONUSIDA, United to End AIDS.

Le Directeur pays de l'ONUSIDA, Houssine El Rilhani, salue le travail de Mme Assarag. « Des actions communautaires ciblées, une éducation complète à la sexualité et des services de santé sexuelle et reproductive fondés sur les droits sont essentiels pour maintenir les progrès accomplis et garantir que les populations vivant dans des zones rurales ou mal desservies bénéficient de l'attention et des services qu'elles méritent. »

Mme Assarag a ajouté une nouvelle initiative à son long parcours.

Son organisation a uni ses forces avec le Ministère marocain de la Santé et de la Protection sociale pour organiser des ateliers sur les douleurs menstruelles. « Là encore, nous nous sommes heurtés aux mêmes problèmes : tabou culturel et absence totale d'information, alors même que cela touche de nombreuses femmes et filles », a-t-elle déclaré.

La lutte contre les injustices la motive depuis son jeune âge. Elle se souvient de ne pas comprendre pourquoi sa voisine restait avec son mari qui la maltraitait physiquement. Elle a aussi été témoin de stigmatisation et de discrimination en tant que jeune médecin, lorsque des travailleuses du sexe venaient se faire soigner. « Je suis tellement reconnaissante envers le médecin-chef, mon mentor, qui m'a inspirée et qui faisait preuve d'une grande compassion envers tous, sans préjugés ni discrimination. »

Sa préoccupation actuelle est de s'assurer que les futurs professionnels de santé en formation seront en mesure de faire face aux nombreuses inégalités de santé. « Outre le Master en santé publique, la formation des professionnels de santé dans les établissements marocains inclut désormais des modules sur la santé sexuelle et reproductive, donc je suis optimiste », explique-t-elle. Son enseignement dans ces établissements place les droits humains et le genre au cœur du programme.

« J'insiste sur l'autonomie pour tous et l'égalité entre hommes et femmes », a-t-elle conclu.

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